Les cinémas
de Constantine


Comme partout ailleurs, le cinéma était à Constantine une distraction touchant le plus grand nombre. Constantine possédait un certain nombre de salles réparties sur les différents quartiers de la ville.
Je vais tenter ici d'évoquer de ces différentes salles, en sachant que les informations que j'ai pu recueillir sont parfois un peu contradictoires ou incomplètes. Je compte donc sur tous ceux qui auraient des précisions ou des documents à me faire parvenir pour enrichir cette page. Je les remercie par avance.

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Constantine, des cinés et des ombres

Un article paru en mars 2014 dans la revue Mémoire Plurielle 
Les cahiers d'Afrique du Nord sous la plume d'Alain Amato.
Article publié avec l'aimable autorisation de l'auteur
et de la revue Mémoire plurielle Les cahiers d'Afrique du Nord.

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Article paru en 1934

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Le Nunez - Le Royal - Le Rhumel

Cette salle située près du pont de Sidi Rached à la sortie de la Souika (Ras El Kantara). On prend à droite la montée qui mène à la grande poste et au théâtre de Constantine : boulevard Berteaux devenu rue Bounab Ali. Derrière le cinéma il y a le quartier Bab Djabia et  en face la caserne des pompiers.
Au départ la salle nommée le Nunez, devient le Royal en 1958. Son directeur était M. Gilbert Ghristi. Aujourd'hui ce cinéma se nomme le Rhumel.


Le Royal ...

... devenu le Rhumel.

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Le Colisée

Le cinéma le Colisée faisait partie du Casino municipal situé près de la place Lamoricière et aujourd'hui détruit.
J'en profite pour préciser que le Casino n'a pas été détruit pour des raisons morales ou religieuses, mais parceque, comme beaucoup d'autres édifices constantinois, il était victime des glissements de terrain. Son emplacement correspondait à un remblai datant de l'arrasement du Coudiat.
Cette salle avait la particularité d'avoir un toit qui coulissait pour profiter des douces soirées d'été.


Le Colisée

Programme du Colisée du 10 au 16 octobre 1952

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L'ABC - El-Anouar

Le cinéma ABC situé à Bellevue, rue Laveran, a été inauguré en 1948. Son directeur est alors M. Victor Allessandra. La salle était alors de 700 places.
En 1959 la salle est rénovée et agrandie pouvant alors accueillir 1100 spectateurs et permettait la projection des films en CinémaScope. Son directeur est alors M. Ruscica.
Cette salle a la particularité d'avoir deux plafonds roulants donnant une aération idéale.
La scène pouvait également recevoir toutes sortes de spectacles.


L'ABC dans les années 50

Ce cinéma aujourd'hui


La salle de l'ABC

Programme du 16 au 22 mai 1952
Programme du 21 au 27 mai 1954
avec "Jeux Interdits" à l'affiche

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Cirta Palace - Cinémathèque Cirta

Le cinéma Cirta Palace faisait partie de l'hôtel du même nom situé avenu d'Angleterre. Il a été créé lors de l'agrandissement de l'hôtel. (Voir photo de la salle en haut de cette page dans l'article de 1934).

Il semble que cette salle soit devenue la Cinémathèque de Constantine, jusqu'à disparaître en 1995 dans un incendie (voir article ci-dessous). Est-ce cette cinémathèque qui devait être déménagée dans la salle de l'ancien cinéma Vox

Jeudi,12 juillet 2001

Cinémathèque Cirta de Constantine - L’histoire à la rescousse de l’histoire.
Cette salle sombre qui a, de tout temps, fait de la résistance est, aujourd’hui, menacée de disparition.

Constantine qui ne dispose actuellement que de quelques "pseudo" salles de cinéma dispersées sporadiquement sur une aire limitée de la ville et détournées pour la plupart de leur principale finalité, est en voie de se faire délester de la dernière "parcelle" de son patrimoine culturel : le musée du cinéma "Cirta".
Cette salle surplombant une zone commerciale et populaire par excellence (l’avenue Rahmani Achour) a été cédée, cela fait quelques années, à un privé qui envisageait d’autres débouchées pour la mythique cinémathèque de Constantine.
En effet, c’est à la lumière du décret n°3295 daté du 18.10.95 qu’une commission ad hoc (encore une), a restitué ladite salle à une famille connue sur la place publique, ici à Constantine. Les gestionnaires de la cinémathèque de l’époque avaient alors esté les nouveaux propriétaires en justice et cela dans le but de parvenir à une annulation de la décision ,donc la restitution de la salle à ses prétendus "possesseurs originels". La justice avait alors tranché en faveur de ladite famille.
Pire encore, elle est allée jusqu’à étendre leur propriété sur l’assiette de l’ensemble de la bâtisse et comprenant l’hôtel et la cinémathèque. En deuxième instance, ce même tribunal procéda donc à l’annulation de la première décision de restitution de la cinémathèque et cela sur la base des documents émanant de la Conservation des hypothèques , datant de mai 1948.
Ces documents que les plaignants ont pu avoir grâce à l’aide très précieuse de l’association des amis de la cinémathèque et du cinéma de Constantine, stipulent que "la société de l’hôtel Cirta au capital social de 15 millions de francs, ayant son siège social à Constantine - avenue Viviani (Rahmani Achour),société constituée au terme d’un acte signé le 21.07.1947, est propriétaire sans exception ni réserve de l’ensemble des terrains, constructions et installations de toute nature composant l’hôtel Cirta ainsi que de l’autre bâtiment formant aile élevée sur deux sous-sols comprenant l’un, un bar-brasserie et l’autre une salle de cinéma de 800 places"( fin de lecture). On croyait voir la mythique et non moins très historique salle de cinéma "rentrer au bercail". C’était sans compter sur les non-moins historiques "lenteurs administratives" qui ont fait que jusqu’à ce jour, le wali de Constantine, saisi à cet effet depuis naguère, n’a toujours pas opposé son paraphe sur le document portant annulation de la restitution acquise, faut-il le préciser, par voie de justice. Et pourtant, cet autre monument de l’antique cité a résisté quand tous les "faiseurs de culture" ont pris la fuite. La cinémathèque de Constantine a fait de la résistance. Elle a continué à fonctionner, même durant les moments les plus difficiles.
Beaucoup de personnalités nationales et internationales ont, un jour, un soir "enjambé" le pas de porte de la cinémathèque le temps d’un débat, d’une projection. Des Oussamba, Chahine, Costa, Vautier, Gavras, Chouikh, Badie sont passés par là et d’autres encore. Des panoramas cinématographiques ont été organisés durant les années de braise, les années 90 et jusqu’à l’incendie de 1995 qui a réduit le musée du cinéma en cendre — à cause d’un court circuit (!) — la salle Cirta rayonnant sur pratiquement tout l’est algérien. On y venait de Sétif, de Mila, de Skikda, de Jijel pour y rencontrer les "faiseurs de magie", les faiseurs d’histoires.
On les rencontrait, on discutait un brin, et on en repartait avec la protubérante sensation d’avoir touché le ciel. Aujourd’hui, la cinémathèque Cirta n’est plus, du moins c’est ce que les autorités locales en ont décidé. En tous cas, l’association les amis de la cinémathèque et du cinéma de Constantine a décidé d’alerter les autorités centrales afin de résoudre ce problème car, estime-t-elle : "Il faut réconcilier le citoyen avec le 7e art". Mais en attendant "la levée de l’embargo", la mascarade continue.

Delizia Ben

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Le Vox - Le Triomphe - Cinémathèque El Nasser

Le cinéma Vox se situait en bas de la rue de France (ou rue du sergent Atlan) aujourd'hui rue du 19 juin 1965. Devenu ensuite le Triomphe, aujourd'hui cette salle a été rénovée pour accueillir la Cinémathèque.


La salle située en bas de la rue de France

La salle en cours de rénovation en 2004

La cinémathèque de Constantine toujours fermée malgré l'engagement de la ministre

La Tribune, 14 Octobre 2006

Il y a une année Khalida Toumi promettait sa réouverture une quinzaine de jours plus tard.

Jour pour jour il y a une année, en visite de travail et d'inspection, la ministre de la Culture annonçait, non sans triomphalisme, que la salle de répertoire de la cinémathèque de Constantine allait rouvrir ses portes dans la quinzaine qui suivait, et plus précisément le jour de l'Aïd El Fitr. Depuis, deux Aïd sont passés, un troisième arrive et point de réouverture de la fameuse salle. Dans l'euphorie de l'annonce, le wali alors fraîchement installé et ne connaissant pas encore l'univers impalpable de la ville de la culture, des arts et de la science, emboîtait le pas quelques semaines plus tard à Khalida Toumi en invitant les Constantinois à se délecter des films qui allaient y être projetés et mieux encore à titre gracieux une semaine durant.

A. Boudiaf ne pouvait pas tout savoir. Tout d'abord la salle n'était pas prête du fait qu'elle n'avait pas encore été définitivement réceptionnée (absence du PV de conformité de la protection civile) et si tant est qu'elle l'aurait été, elle ne disposait pas du matériel de projection. Ce qui, excusez du peu, n'est pas rien. Mme Toumi, dans la foulée, donnera le nom de celui qui serait le directeur de la cinémathèque, lequel, contacté par nos soins, démentira tambour battant l'information dans les heures qui suivront, déclinant la proposition pour des raisons que, par manque d'espace, nous ne pourrons pas détailler. Passée l'euphorie de la déclaration ministérielle, le scoop pour les journalistes, l'émerveillement des officiels, l'attente des cinéphiles éternels lampistes, poindra hélas la triste réalité.

Les jours, les semaines, les mois et enfin l'année passeront sans qu'un seul rai de projecteur ne macule l'écran.

Une année après, nous avons de nouveau contacté, mardi dernier, le ministère de la Culture. Il y a lieu de souligner que nous le faisions presque régulièrement depuis une année pour obtenir les réponses les plus farfelues. Celles obtenues mardi dernier ne dépareillent en rien de celles que nous avons obtenu deux mois après la visite de Khalida Toumi. Notre première interlocutrice était Mme Zahia Yahi, chef de cabinet, qui nous dira en substance : « Ah ! oui la cinémathèque de Constantine, je sais qu'il devrait y avoir des travaux de réfection pour qu'elle rouvre.» (sic). La salle a été restaurée il y a plus de deux ans. Et notre interlocutrice de poursuivre « écoutez de toutes les manières, je vais vous orienter sur quelqu'un qui connaît à fond le dossier». Elle l'appelle effectivement pour dire à M. Hadj Tahar, chargé du développement et de la promotion du cinéma, de nous prendre en charge.

48 heures plus tard, c'est au cadre concerné que nous avons affaire. «Vous savez, le problème, en fait il y en a deux. Le premier est que le ministère a doté la salle d'un appareil de projection, mais il semblerait que celui-ci ne soit pas adapté. Le second consiste en un problème de câblage et d'installation électrique assez complexe.» (re-sic). La Tribune avait fait état de l'obsolescence du matériel déplacé avant, pendant et après son installation illustration à l'appui. L'appareil avait été prélevé d'un ciné-bus déglingué et hors d'usage du temps de la révolution culturelle. La difficulté résidait en une inadaptation de la distance focale, d'où une image indicible. Quant à l'installation électrique complexe, il ne s'agissait ni plus ni moins que d'un gros câble qui, sur instruction de la protection civile, devait être gainé pour éviter tous risques.

L'appareil de projection est toujours sur place, l'installation électrique a été rendue conforme plus de cinq mois après la visite de Khalida Toumi et le PV de conformité n'a été remis par la protection civile que récemment dans la mesure où la direction des sapeurs pompiers avait également exigé de connaître la nature du revêtement des sièges pour établir leur qualité d'ininflammabilité ou leur lenteur à prendre feu dans la limite des normes en vigueur. En conclusion donc, la ministre de la Culture a lancé, au petit bonheur la chance, une information pour faire plaisir aux journalistes qui l'avait questionné sur la réouverture de la cinémathèque. Ses collaborateurs l'ont suivi en déplaçant le premier matériel trouvé en cours de route au moment où ceux qui lui sont les plus proches, et plus grave encore directement concernés, ignorent finalement tout de la situation.

Ce qui est certain, c'est que tout ce monde-là ne risquera pas d'être dérangé, et encore moins par une dizaine de travailleurs qui sont payés à ne rien faire, juste à assurer une permanence à tour de rôle pour se consacrer à un emploi ailleurs, et un directeur de la culture trop occupé, à telle enseigne que lorsque nous lui avons fait part du refus de répondre favorablement à la proposition de la ministre désignant untel au poste de directeur de la cinémathèque, il nous a répondu sans peur du ridicule : «Eh bien ! Nous ferons la proposition à son frère il est bien un peu dans le créneau.»

A. Lemili

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L'Olympia à Bab El Kantara devenu Numidia

Ouvert en 1953, il est doté d'un écran panoramique.


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L'Alhambra

L'Alhambra se trouvait à proximité du Cirta, à la place de l'actuelle mosquée du Bardo et il semble que son appartenance d'origine revient à la famille Chentli. C'était un cinéma avec salle en plein air, précurseur des "drive in", la salle couverte construite en plus grande partie en bois avec des gros risques d'incendie a été fermée par mesure administrative.



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D'autres salles de cinéma

On peut également citer d'autres salles constantinoises :

  • Le Versailles à Sidi Mabrouk, ouvert en 1955, devenu El-Andalous
    " Le cinéma Versailles de Sidi Mabrouk y est toujours et diffuse toujours des films (cassettes vidéos), pas des films à l'ancienne (bobines) parce que le cinema à Constantine a perdu son public de jadis, et c'est bien dommage."
  • Le Régent (sans aucun renseignement).

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Pour terminer je précise qu'à l'heure actuelle il y a des projections, entre autre dans le cadre de festivals, dans les salles culturelles que sont Malek Haddad (Bellevue) et El-Khelifa (ex garage Citroën).

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Un état des lieux bien sombre, mais sûrement vrai !

La Tribune

Jeudi 10 Août 2006

Un cinéma à Constantine entre rêve et cauchemar

Au lendemain de l'indépendance, la seule ville de Constantine s'enorgueillissait de 8 salles de cinéma : Le Versailles, Le Triomphe, L'Olympia, Le Colisée, Le Royal, L'ABC, Le Cirta et La Paroissiale, une salle qui relevait de l'évêché et qui n'en fonctionnait pas moins en tant que telle.

Bilan aujourd'hui : il ne reste qu'une seule salle fonctionnelle si tant est qu'un coupe-gorge puisse être affublé du statut de cinéma. Il s'agit en l'occurrence du Royal. Dans ces colonnes, nous avions glosé à satiété sur cet antre de la lie de la ville auquel l'île de la Tortue ressemblerait à une station du Club Med. Rendez-vous incontournable des homosexuels, petites frappes, dealers, balances, c' est un monde interlope implanté à moitié dans la vieille ville tout en ayant pignon sur rue sur une partie européenne. Et tout cela à une vingtaine de mètres du siège d'un commissariat de police.

Le Colisée, fleuron architectural, une sorte de multiplexe avant l'heure avec son casino, sa boîte de nuit, sa brasserie, ses terrasses, une salle de spectacle entièrement capitonnée de velours rouge vermillon, murs et sièges, doté de loges aux balcons a été démoli pour des raisons restées obscures à l'exception du pactole ramassé par les commanditaires de cette décision auprès des entreprises chargées de la besogne à savoir la démolition et la réalisation d'une hideuse agora aujourd'hui noircie par les gaz d'antédiluviens autobus.

Le Versailles et l'Olympia, cinéma de quartier par excellence parce que situés dans des faubourgs populaires, après une fermeture qui a duré plus d'une décennie ont été cédés au petit bonheur la chance dans le cadre plus d'un deal que d'une cession réglementaire à un affairiste qui est à la culture en général et au cinéma en particulier ce qu'est le silex à l'énergie cosmique. Ces deux salles viennent d'être récupérées par la municipalité sur décision des tribunaux.

Mais en attendant leur locataire s'est tiré avec la caisse après les avoir exploitées un peu plus de deux années et y avoir procédé à des aménagements en contradiction avec le cahier des charges parce que n'ayant aucun lien avec la prestation réelle. En plus clair, il y a aménagé des salles de jeux, des gargotes, taxiphones, vitrines pour la friperie à l'occasion, et. Med H., vice-président à l'APC, il y a trois semaines, nous avait annoncé «la récupération définitive des salles» tout en nous faisant part de l'int ention de l'administration de les concéder dans un cadre réglementaire à toute personne physique ou morale qui remplirait les conditions.

Délit de faciès hier, dans une salle aujourd'hui défigurée L'ABC qui est le nec plus ultra du chic et du clinquant dans la ville des Ponts est située ou était située dans un quartier huppé (il ne l'est plus) à telle enseigne que le personnel de la salle s'autorisait la sélection de la clientèle sur le simple critère du faciès. Durant la guerre d'Algérie, les femmes voilées n'étaient pas autorisées à y accéder quel que soit leur standing et très souvent le port de la cravate était exigé pour les Arabes. C'est dire.

A l'heure actuelle, la salle a été dégarnie, les sièges remplacés par des tables où des gérontes spécialistes des conteneurs viennent «roucouler» avec des filles qui n'ont même pas l'âge de puberté. Les conditions d'attribution de cette salle qui englobe dix fonds de commerce relèvent de la plus grande extravagance. Le bénéficiaire des lieux qui a obtenu la location pour une bouchée de pain y a maintenant racines et il est fort probable qu'il en soit délogé au vu du traitement du dossier à hauteur des prétoires. Le train de sénateur semblant être le sport de prédilection des personnes toutes responsabilités concernées impliquées dans la chaîne du système prévalant.

Enfin le Triomphe et le Cirta qui sont devenus au début des années 80 des salles de répertoire de la cinémathèque algérienne sont fermées. La première pour des raisons surréalistes dont la Tribune n'a eu cesse d'évoquer les contours. La deuxième ayant été ravagée par un incendie tout en étant au centre d'un contentieux juridique entre le ministère de la Culture, les héritiers Chentli, propriétaires des lieux et ayant bénéficié de la restitution de la salle sur décision du gouvernement et, enfin l'EGT Est qui s'est invité en dernier à la «fête», estimant que la salle lui appartenait également parce qu'elle est mitoyenne de l'hôtel Cirta. Un imbroglio qui ferait un excellent scénario pour du cinéma italien. Cet état des lieux établis et quoi qu'il puisse arriver et si toutes solutions étaient trouvées au marasme ambiant, il faudrait également au moins une autre dizaine d'années pour que les salles soient réhabilitées, équipées d'un matériel moderne compte tenu du fait que le cinéma aujourd'hui est doté de l'image en relief, son en dolby surround, sièges ergonomiques, climatisation, conditions de sécurité pleinement remplies etc., etc.

Tout cela, comme l'a si bien stigmatisé un cadre du ministère se fera ou sera obtenu «le jour où les poules auront des dents». Pour l'anecdote, rappelons que les héritiers Chentli avaient été spoliés par le pouvoir de Ben Bella de cinq salles de cinéma. Ils en ont récupéré trois (Aïn Beïda-Meskana-Tébessa en attendant celle de Constantine). Le défunt Chentli avait anticipé sur la décision de l'époque en transformant l'Alhambra, toujours à Constantine en mosquée . C'était le meilleur moyen de tailler des croupières à un pouvoir qui excellait dans les abus de pouvoir et atteinte au droit à la propriété.

A. Lemili


La Tribune

14 Décembre 2006

Algérie: 7ème art à Constantine, les grandes batailles du passé

Des sexagénaires se souviennent qu'il y avait des salles et même des ciné-clubs militants.

Avant toute chose, la question simple est de savoir s'il est encore possible d'«aller au cinéma» à Constantine. La réponse est non. On peut en être surpris mais telle est la réalité qui, à bien y voir, ne dérange nullement ceux qui continuent à répéter sans se décourager le sempiternel discours sur Constantine «ville de culture et de savoir». Et d'ailleurs, y a-t-il une raison pour que le cinéma soit mieux loti que les autres expressions culturelles dès lors que çà et là se tient un festival -du malouf pour faire court- qui fait illusion un temps ?

L'illustration la plus récente de cette véritable descente aux enfers aura été fournie il y a encore peu avec la diffusion algérienne du film Mon colonel, produit par Costa Gavras et dont certaines séquences avaient été filmées dans la ville des Ponts, qui aura été vu un peu partout sauf à Constantine faute de salle pour l'accueillir. Existe-t-il des amis du cinéma que la situation émeut au point de vouloir se mobiliser et s'organiser pour défendre la place du septième art ? Sans doute, et faut-il en plus regarder en direction de ceux, flirtant avec la soixantaine, qui ont connu ce qui fait figure aujourd'hui de période dorée pour le cinéma avec salles, programmes bihebdomadaires et même des ciné-clubs aux vertus militantes.

R. B., aux engagements politiques connus, rappelle les débats houleux du ciné-club universitaire : «On était en pleine révolution agraire et de volontariat des étudiants. La salle Annasr accueillait le ciné-club universitaire et le film était presque toujours prétexte à des empoignades politiques.» Des temps lointains et cette même salle qui, selon les anciens Constantinois, a eu ses heures de gloire sous le nom de «Vox», avait reçu à la fin des années quatre-vingt-dix l'une des dernières flammes de l'engagement des cinéphiles locaux. En l'espèce, le conflit, assez compliqué en vérité, concernait le sort de la première salle rattachée à la cinémathèque algérienne, le mythique Cirta attenant à l'hôtel éponyme qui faisait l'objet d'une procédure judiciaire initiée par des héritiers soucieux de récupérer leurs droits.

La cinémathèque Cirta avait abrité, en particulier, le «Panorama du cinéma algérien» au coeur des années quatre-vingt qui avait fait, pour un temps, de Constantine un authentique rendez-vous du cinéma algérien et de tous ceux qui y étaient attachés. C. B., alors journaliste à Révolution africaine se souvient d'«un happening constantinois, fiévreux et libertaire où tout le monde refaisait le monde après avoir vu Anna K de Gavras ou débattu doctement avec Ahmed Bedjaoui ou Sembène Ousmane».

Une association s'était donc créée dans le but de maintenir la salle Cirta dans le giron de la cinémathèque qui rassemblait employés, cinéphiles et quelques figures du progressisme local. Les assemblées générales, passionnées, selon ceux qui y avaient pris part, s'étaient ainsi succédé et bien malin qui peut aujourd'hui dire sans risque de se tromper les résultats d'un combat incertain. Il faut désormais rechercher par le bouche-à-oreille ceux qui furent de cette ultime bataille, et le fait notable reste qu'à l'occasion de sa première visite officielle à Constantine, lors du Ramadhan 2005 et en marge d'une improbable «Khardja de Sidi Rached», la ministre de la Culture avait cru pouvoir annoncer la réouverture de la cinémathèque Annasr pour le mois suivant et cela à la surprise de beaucoup de monde et notamment de celui qui était annoncé comme directeur de la salle rénovée, Hachemi Zertal.

Figure connue du cinéma algérien, M. Zertal, co-directeur avec Rachid Nafir de la cinémathèque de Constantine, avait tenté, à son retour d'un exil parisien, de relancer le cinéma d'abord au travers de la distribution -il avait même fait l'événement avec Excalibur et surtout le Titanic- puis en prenant en charge le Massinissa, salle de spectacle d'El Khroub, avant de se tourner vers la production et de se délocaliser, sans surprise, à Alger. Même la salle El Khalifa a payé un temps son écot au cinéma et on avait pu revoir devant la porte d'entrée les placards publicitaires faisant fonction d'affiche.

Cela n'a pas duré parce que les travaux de réfection n'ont pas repris sans que nul sache réellement pourquoi. Les nostalgiques tiennent que le sort du cinéma à Constantine avait été de manière prémonitoire scellé avec la destruction, dans les années soixante-dix, du complexe le «Casino» et de la belle salle du «Colisée» et les plus avertis comptabilisent les écheveaux juridiques qui continuent d'empêcher les pouvoirs publics -notamment le téléaste Hazourli en charge des dossiers culturels au niveau de l'APC- de reprendre en main le cinéma et de rendre les célèbres salles de la ville au public.

A Constantine, la réalité continue de primer sur la fiction.

Meriem Merdaci



Le Quotidien d'Oran - 12 février 2007

Le cinéma a-t-il une chance ?

Le sort des quatre salles de cinéma que compte l'APC de Constantine dans son patrimoine est aujourd'hui en débat.

En effet, l'APC de Constantine qui avait introduit une action en justice pour récupérer ces salles, mise en location dans les années 80, a eu gain de cause pour deux d'entre elles et reste en attente de la décision de la cour suprême pour les deux autres. Mais déjà, la question d'en faire quoi se pose.

La vice-présidente chargée de la commission du patrimoine, Mme Leila Bellil, que nous avons contacté nous précise qu'un premier jugement a été rendu en faveur de l'APC, en ce qui concerne deux de ces salles de cinéma, à savoir le Rhumel (ex-Royal) et El-Anouar (ex-ABC), mais il y a eu pourvoi en cassation. Quant aux salles El-Andalous (ex-Versailles) et Numidia ( l'Olympia), la cause est entendue et il ne s'agit, selon notre interlocutrice, que de régler la question des arriérés du loyer par voie judiciaire.

Est-il alors question de recentrer ces salles qui ont connu d'autres fortunes par le passé sur l'activité cinématographique ? A cette question, notre interlocutrice répondra par une autre. La question reste surtout de savoir si, vraiment, un investissement lourd permettant de rendre la vocation initiale à ces salles de cinéma ne sera pas une pure perte ? Autrement dit, si un tel projet sera rentable pour l'APC. Mais au sein de l'assemblée, les avis semblent partagés même si on s'est accordé sur la décision d'entamer l'aménagement des bâtisses qui se trouvent dans un état déplorable. Mais l'esquisse d'une solution à même de mettre tout le monde d'accord est en train de se dessiner. Celle dont nous parlera la vice-présidente de l'APC et qui consiste à tenter une première expérience avec une salle de cinéma pour décider ensuite de ce qui doit suivre.

Une telle solution permettra ainsi de régler, même partiellement, le problème de l'inexistence du septième art dans une ville comme Constantine et de voir la réaction du public face à cette initiative. Tant il est vrai qu'une ville comme Constantine ne dispose pas de salles de cinéma. Faudrait-il encore, nous dira notre interlocutrice, qu'une fois la nouvelle salle de cinéma mise en service ne servira pas des navets aux cinéphiles. Ceci pour dire que le public avec la profusion de chaînes satellitaires sera pour le moins exigeant sur la qualité des films qui lui seront proposés. On revient donc immanquablement aux moyens financiers à mettre en oeuvre et donc à la capacité de l'APC à les consentir.

S. Benabdelkader


La Tribune - 14 février 2007

Salles de cinéma à Constantine : 5 ans de procédure pour récupérer le Versailles et l'Olympia

Quand une institution de l'Etat se désengage d'une ou de plusieurs de ses activités notamment publiques, le relais pris par le repreneur devrait assurément obéir au respect des dispositions mûrement étudiées contenues dans un cahier des charges. C'est une règle élémentaire dans une société dotée d'une administration normale. Quand on prend en exemple la cession des salles de spectacle (cinémas) de la wilaya de Constantine, le citoyen ordinaire ne pourrait que s'étonner des conditions dans lesquelles celles-ci ont été littéralement données à des personnes qui n'avaient rien à voir avec l'exercice du métier. Il est vrai qu'il ne peut certainement pas être reproché aux bénéficiaires d'avoir contourné les procédures d'obtention du marché, dans la mesure où ils ont répondu à un appel d'offres paru dans les journaux...,à vrai dire un seul journal sans vraiment une large publicité. Ce qui a eu évidemment à chaque fois pour effet de restreindre au maximum le nombre de postulants, pour ne pas dire les limiter à un seul, généralement « initié ». De telles situations ont profité, durant ce qui est qualifié de décennie tragique et l'instabilité des institutions aidant, à de véritables requins qui ont fait main basse sur des salles, à l'image du Versailles ou de l'Olympia, deux salles de quartier au sens le plus noble du terme pour en faire des bouges en y opérant des réaménagements illégaux en période normale. Compte tenu d'une architecture propice parce que prévue pour accueillir et mettre à leur aise les spectateurs et donc en plus d'assurer la prestation cinéma, plusieurs annexes intégrées seront dévoyées pour faire office de fast-food, salles de jeux et taxiphone. Tout ce qui naguère était interdit à la périphérie de la salle pour éviter la déperdition des jeunes allait en faire partie intégrante. Bien entendu, les deux salles fonctionneront rarement comme salles de cinéma à l'exception de la projection de films sur support vidéo dont le thème était la violence, le sexe, la drogue et la corruption. Le retour à une relative sérénité à partir de l'année 2000 allait quelque peu dévoiler le pot aux roses et mettre en situation inconfortable ceux-là mêmes qui, en étant élus dans une conjoncture confuse, n'ont pas fait de détails dans leurs largesses au profit de relations personnelles parfois mais surtout contre intéressement et au détriment des institutions étatiques. A partir de 2002, l'APC basculant au profit du FLN allait inciter les nouveaux élus à revoir toute la gestion de leur prédécesseur (RND) et remettre progressivement de l'ordre dans la maison. Le Versailles et l'Olympia faisaient partie de la récupération, entre autres, d'une partie du patrimoine communal. Toutefois, si les deux salles ont été cédées dans des conditions très discutables, leur récupération allait s'avérer des plus compliquées en raison d'une question de respect du droit (sic) qu'ont fait prévaloir leurs bénéficiaires, qui, durant toute cette période, se sont « assis » sur les devoirs qu'ils étaient tenus de respecter. Mais au-delà de toutes ces péripéties et dans l'éventualité d'une réouverture imminente, ce qui n'est pas à exclure non plus compte tenu de la réelle volonté de Hazourli Mohamed, vice-président concerné ès qualités au niveau de l'APC de le faire même si depuis près de trois années ses engagements sont restés des voux pieux, il se posera à l'évidence la question tout d'abord de la réhabilitation des lieux et ensuite des voies et moyens de les remplir et, pour ce faire, plusieurs autres éléments d'appréciation posent problème. A commencer par le renouvellement de l'équipement (cabine de projection) et, partant, la mise à niveau du reste des équipements, la source d'approvisionnement en films... Ce qui n'est pas à franchement parler une sinécure, même si M. Hazourli pense autrement. En tout état de cause, il nous a dit au cours de la journée de mardi dernier que « dans l'immédiat, nous envisageons de rouvrir le Versailles. L'aspect technico-financier est ficelé et le dossier sera soumis dans sa globalité à l'assemblée pour délibération. Après quoi, nous trouverons les moyens logistiques idoines pour que la salle fonctionne ». Nous aimerions partager l'optimisme de notre interlocuteur sauf qu'une salle de cinéma, même dans un style « cinéma Paradisio », est une machine qui ne fonctionne plus comme du temps où étaient projetés sur les écrans constantinois des films de Douglas Fairbanks Jr., Spencer Tracy, Randolph Scott ou encore Dilup Kumar, sinon Rochdi Abada et Farid Chawki. Fréquenter une salle obscure, organiser une sortie cinéma entre amis ou en famille est ailleurs...,en fait sous d'autres cieux, une activité budgétisée au même titre que la sortie restaurant, le pique-nique ou l'achat d'un nouvel élément ménager. Alors, de là à voir ces deux monuments que sont le Versailles ou l'Olympia réinvestis comme au bon vieux temps quand il fallait faire une chaîne (ordonnée est-il tout de même nécessaire de le souligner) pour prendre son billet et vivre le film dans une parfaite communion avec le reste du public, il existe un fossé que tout Constantinois rationnel ne franchirait pas.

A. L.


Liberté 18 février 2007

Réhabilitation de salles de cinéma à Constantine 5 millions de DA débloqués par l'APC

Après une léthargie qui a duré deux décennies, le septième art semble susciter de nouveau l'intérêt des responsables locaux.
En effet, une enveloppe financière de 5 millions de DA a été débloquée par l'APC de Constantine pour la réhabilitation de deux salles de cinéma relevant du patrimoine communal, après une délibération approuvée, lors de la première session ordinaire de l'assemblée communale. Il s'agit de la réfection et l'aménagement de la salle El Andalous (ex-Versailles) et de Numidia (ex-Olympia). Alors que deux autres salles, à savoir Rhumel (ex- Royale) et  El Anwar (ex-AB C) seront également prises en charge dans les prochaines semaines.
Notons que la commission du patrimoine chargée de l'opération n'a pas manqué de rappeler que vu l'état de dégradation des salles de cinéma, le montant de 5 millions de DA semble être dérisoire. Des infrastructures qui ont été, pendant des années, abandonnées ou carrément détournées de leur vocation initiale, puisqu'elles ont été transformées en salles des fêtes ou en restaurants. 

Madani R


La Tribune : mercredi 21 février 2007

Le cinéma Cirta au milieu d'un imbroglio administratif
Trois prétendants se disputent la propriété de la salle

Il y a dix ans, le cabinet du wali de Constantine invitait les héritiers Chentli à se préparer à une procédure de récupération d'une salle de cinéma qui leur avait été retirée trente-trois années auparavant sous le régime de Ben Bella dans le cadre d'une mesure politique par laquelle l'Etat algérien nationalisait les salles de spectacle dont les propriétaires étaient en majorité des particuliers. Les héritiers ne pouvaient qu'être surpris le 7 juillet 1997 par un courrier qui leur apprenait que leurs biens leur étaient restitués conformément aux dispositions d'un arrêté interministériel conclu entre les ministères de l'Intérieur, des Finances et de la Culture. A aucun moment ils n'ont cherché à se défendre contre cette spoliation et atteinte à la propriété privée eu égard à la dimension de la partie adverse : l'Etat. En apprenant par conséquent la réparation du préjudice subi, ils ont réagi plus par circonspection que satisfaction car, tout était encore possible dans ce pays homérique ou chimérique qu'est l'Algérie. Ils n'avaient pas tort foncièrement, car, si les pouvoirs publics, aussi puissants que pouvaient l'être les trois ministères, avaient conjointement décidé de la restitution de biens à leurs propriétaires, d'autres protagonistes allaient entrer en jeu. Le premier sera la Cinémathèque d'Alger qui avait profité de l'affectation de cet espace « propriété » de la commune de Constantine pour en faire une salle de répertoire. De tribunal en tribunal, il sera établi que les héritiers Chentli étaient effectivement propriétaires du commerce eu égard aux documents officiels dont ils disposaient, notamment ceux prouvant qu'ils ont fait partie en tant que porteurs d'actions au sein du groupe propriétaires du commerce sus-évoqué, d'une part, et en qualité de propriétaires uniques ensuite, grâce à l'achat de l'intégralité des actions d'où ce titre à la une du journal régional la Dépêche : un propriétaire terrien investit dans la culture... le jeu de mots ne valait pas roupie de sansonnet mais, néanmoins, il apportait la preuve irréfutable que les héritiers Chentli étaient bel et bien propriétaires de quelque chose dans ce dossier. Si le fonds de commerce était reconnu aux Chentli, que restait-il à la Cinémathèque d'Alger ? Les murs évidemment, ce qui n'est pas négligeable dans la mesure où la jouissance des lieux pouvait être négociée avec l'adversaire... Sauf qu'une tierce partie allait s'inviter au débat, en l'occurrence l'Entreprise de gestion touristique de l'Est (EGT Est), laquelle, à son tour, estimait que la salle de cinéma étaitpartie intégrante de l'hôtel Cirta, il découlait de source qu'elle relevait directement de son patrimoine. Là également l'EGT Est a jugé plus opportun de recourir à la justice pour faire valoir ses droits... qu'elle a vraisemblablement établis et obtenus. En vérité, dans ce dossier où toutes les parties s'en sont allées tous azimuts les unes contre les autres et pratiquement dans le désordre, chacun des protagonistes jure détenir la vérité. Nous avons tenté de les contacter une à une pour apprendre que « aujourd'hui nous avons tous les documents établissant notre droit de propriété sur la salle de cinéma Cirta et, pourrait-il en être autrement puisqu'elle fait partie de l'hôtel. Nous ne dénions pas le droit aux héritiers Chentli de détenir la preuve que partiellement le fonds de commerce leur appartient à hauteur de 400 actions sur 1 000. Nous n'évacuons d'ailleurs pas l'idée de les indemniser à hauteur de cette marge. Quant à la Cinémathèque d'Alger, que la justice a déboutée à notre profit, nous ne voyons pas d'inconvénient également à ce que la salle soit exploitée dans un sens purement culturel selon des conditions qui seront établies jusque-là. Sinon la salle est et restera propriété de l'EGT Est », affirme un représentant de cette entreprise. Dans cet ordre d'idées, la direction de l'entreprise aurait même envisagé de récupérer la salle il y a quelques semaines par recours à huissier de justice. Une mesure qui aurait été décalée en raison d'une brèche restée ouverte dans les attendus de l'arrêt du tribunal et pouvant tout remettre en cause ou tout simplement rendre caduque d'une manière définitive toute la procédure engagée depuis près de six ans. En tout état de cause, l'arrêt en question est en cours de correction et il n'est pas exclu que l'EGT Est réoccupe les lieux par la force publique. S'agissant des héritiers Chentli, aussi bien C. H. que B. H. affirment « ne pas être perturbés par ce brassage d'air. Notre famille est restée sereine le jour où elle a été spoliée. Trente-trois ans après, elle est réhabilitée sans qu'aucun de nous ait couru après l'arbitraire commis à ses dépens. Aujourd'hui, l'EGT Est estime que les murs lui appartiennent, qu'il en soit ainsi, mais, question d'indemnisation, nous ne nous contenterons pas des 400 parts affirmées par la direction de cette entreprise sachant que nous disposons de tous les arguments de nature à démonter cette version comme nous disposons également de documents qui datent de l'année 1949 qui prouvent que le fonds de commerce nous appartient entièrement [1 000 parts ndlr]. » Enfin, quelques jours avant sa suspension, Hassan Hadj, directeur de la Cinémathèque d'Alger, n'en revenait pas de la version selon laquelle l'institution qu'il dirigeait était encore partie prenante dans ce contentieux : « Je crois savoir, selon l'évolution des derniers événements, que la Cinémathèque d'Alger a été déboutée dans cette affaire. Maintenant si vous me dites que pour l'EGT Est nous restons encore un interlocuteur, ce n'est que bénéfice pour l'institution. » Cela étant, rappelons que la salle de cinéma Cirta avait été l'objet d'un incendie ravageur au cours de l'année 1995. Elle avait été réhabilitée une dizaine d'années auparavant pour accueillir des événements de dimension internationale matérialisés par les Journées maghrébines du cinéma et d'autres festivals thématiques qui réalisaient la performance de drainer les grandes foules et faisaient que Constantine devenait le rendez-vous incontournable de cinéastes étrangers émergents pour devenir ensuite de grands noms du cinéma mondial, dont certains ont même obtenu la consécration suprême à de nombreux festivals, dont celui de Cannes et l'oscar du meilleur film étranger (Jane Campion : la Leçon de piano). Pour autant, peut-on considérer que le feuilleton de la salle Cirta est définitivement terminé ? D'une manière ou d'une autre... certainement.

A. L.


La Nouvelle République - 27mars 2007

Cinémathèque de Constantine
En attente des équipements de projection

Réouverte fin 2003 après une période de fermeture de deux ans pour travaux de rénovation, la salle «An-Nasr» de la cinémathèque de Constantine, n'a toujours pas reçu les équipements qui lui permettraient de reprendre ses activités et d'accueillir à nouveau le public.
Des cinéphiles constantinois approchés par l'APS estiment que l'investissement de 22 millions de dinars, consenti pour la rénovation de cette salle, ne pourrait être fructifié et avoir de sens que si cette salle de spectacles remplissait la fonction pour laquelle elle a été conçue. La cinémathèque a retrouvé une seconde jeunesse après cette opération de rénovation qui l'a dotée d'un parterre en marbre allant jusque sur le trottoir des devantures, de nouveaux revêtements pour les murs, un nouveau plafond et des nouveaux sièges, n'a pas été équipée à ce jour de son principal outil, à savoir l'appareil de projection. Initialement, explique le responsable actuel de la structure, la fourniture de nouveaux appareils de projection était incluse dans le contrat de rénovation et devait donc être effectuée par l'entrepreneur en charge de l'opération. Mais pour cause de travaux supplémentaires apparus en cours de route, celui-ci en a été dessaisi par le ministère qui a donc repris ce volet à sa charge. Après une longue attente l'équipement arrive mais il s'avère inadapté dans la mesure où il s'agissait d'appareils de projection datant d'une trentaine d'années, démontés d'un Cinébus. Des appareils, précise le même interlocuteur, sont «d'une qualité bien en deçà de ceux qui équipaient la salle avant sa réhabilitation».  En plus de ce problème, qualifié «de taille» les nouveaux sièges qui ont été installés dans la salle n'ont pas été certifiés «ignifuges» par l'entrepreneur comme l'exige la réglementation en vigueur. La protection civile de Constantine ne disposant pas de laboratoires en mesure d'effectuer les analyses adéquates, a donc refusé de se prononcer sur la question et de donner son aval quant à la conformité de ces sièges. «Cela fait donc plus de 3 ans que les travailleurs de la cinémathèque de Constantine se présentent sur les lieux de travail uniquement pour veiller au bon entretien des lieux, du reste propres comme un sou neuf mais tristes, surtout pour qui connaît l'effervescence culturelle dont ils furent jadis le théâtre», indique-t-on.
La seconde salle de répertoire, en l'occurrence «Cirta», est également, et pour d'autres raisons, hors d'usage depuis une quinzaine d'années, «d'ou le recul important enregistré par la cinémathèque de Constantine que tout pourtant, il y a à peine quelques années, promettait à un bel avenir», notent cinéphiles et responsables de cette infrastructure.

Agence


La Tribune - Jeudi 5 avril 2007

Le cinéma revient à Constantine
Un riche programme de projections de films est concocté par le CCF

A Constantine, le Centre culturel français a concocté pour les deux mois à venir (avril et mai) un intéressant programme à l'intention des cinéphiles. Il est vrai, et pour cause, que le CCF reste dans l'obligation de ne porter à l'endroit du public que les films réalisés et produits en totalité par les cinéastes ou producteurs de l'Hexagone sinon co-réalisés ou produits dans le cadre de procédures et autres mécanismes spécifiques aux institutions françaises dont il faut honnêtement reconnaître l'engagement culturel sans exclusive au profit de tout auteur pour peu que l'ouvre mérite d'être encouragée.

La profondeur des films programmés est telle qu'elle pourrait mettre mal à l'aise le spectateur algérien en ce sens que les thèmes évoqués sont très présents ou commencent à le devenir dans sa vie de tous les jours. Ces choses de la vie, au demeurant ordinaires et banales pour la société occidentale, abordées au cinéma et livrées au public et plus particulièrement algérien, ne seraient pas sans mener à un tumulte intérieur chez le spectateur en ce sens qu'à travers les films elles lui renvoient des situations qu'il se passerait bien de soumettre à un rétro-travail de conscience. Du très noir Après la vie (de Lucas Belvaux avec Gilbert Melki et Dominique Blanc) et dérangeant Si je t'aime, prends garde à toi (de Jeanne Labrune avec Nathalie Baye et Daniel Duval) à Rencontre avec le dragon (de Hélène Angel avec Daniel Auteil et Sergi Lopez) et Stormy Weather (de Solveig Anspach avec Elodie Bouchez, Didda Jonsdottir) en passant par l'oppressant Harry, un ami qui vous veut du bien (de Dominique Moll avec Laurent Lucas, Sergi Lopez et Mathilde Seigner), en tout, onze films qui passent tous les jeudis à 17 heures. Il est vrai, toutefois, que le challenge du Centre culturel français est difficile à relever, pour une évidente raison de déconnexion du public, voire des publics et ce, même si l'entrée est gratuite. A Constantine et certainement comme partout ailleurs, outre la désaffection générale des Algériens à l'endroit du cinéma, il existe aujourd'hui deux types de public. Celui que constituent les quinquagénaires et au-delà, ceux-là mêmes qui ont eu des accointances avec le cinéma en des temps où seules les salles de spectacle en tant que facteur de distraction autorisaient une certaine forme d'évasion d'une part, et, ceux qui avaient tout simplement des atomes crochus avec le septième art parce qu'ils y trouvaient matière à disserter ou encore de larges horizons pour toutes formes d'éclectisme.

Comme il se trouve ceux qui ne savent même pas comment est faite une salle de cinéma et que l'on peut qualifier, sans leur faire insulte, d'enfants de la télé. Toutefois d'une manière subreptice, le public serait, selon le chargé de la communication du CCF, en train de se reconstituer. Chaque jeudi qui passe, la petite et agréable salle de cinéma connaît un, deux, voire trois spectateurs de plus. Pour notre interlocuteur, « c'est environ une cinquantaine de personnes qui viennent régulièrement regarder un film. Le public est mixte, en général son âge oscille entre 18 et 25 ans. Cela n'exclut pas pour autant la présence de cinéphiles entre deux âges. L'avantage est que le public a une attitude responsable puisqu'une fois le film lancé, spontanément, les téléphones mobiles sont éteints et rares sont les chuchotements. A vrai dire, le public est vraiment captivé, voire captif de cette tranche de temps magique où il retrouve, pour certains, l'aspect inégalable d'un écran et, pour d'autres, des instants de communion autour d'un même centre d'intérêt ». Ce deuxième cycle devrait prendre fin au mois de mai prochain.

A. L. La Tribune


La Tribune - 12 Avril 2007

Cinémathèque de Constantine, chassé-croisé autour de la salle Cirta

Depuis l'incendie qui l'a ravagé, il y a presque douze ans, rarement le Cirta, la deuxième salle de répertoire de la cinémathèque algérienne à Constantine avait polarisé un tel intérêt des responsables de la culture et plus particulièrement ceux du ministère du même nom comme au cours de cette dernière décade.

Il y a de cela huit jours, le secrétaire général du ministère de la Culture, mettant à profit un déplacement dans l'est du pays pour l'installation du directeur de la culture de la wilaya de Skikda, a pris langue ou inversement avec les responsables de l'Entreprise de gestion touristique de l'Est (EGTE), laquelle entreprise, est-il besoin de le ressasser, a fait savoir depuis quelques années son intention de se réapproprier la salle de cinéma le Cirta au motif qu'elle est partie intégrante de l'hôtel et qu'en tant que telle elle ne pouvait que lui appartenir. Pourtant, ce n'est que, bien sûr, sur le tard que l'EGTE s'est découvert un droit de propriété sur la salle de spectacles et presque après huit années de procédures qui n'avaient impliqué que les héritiers Chentli réputés depuis 1949 propriétaires de la salle, avant sa nationalisation, et la cinémathèque algérienne. Vraisemblablement, le dernier mot serait revenu à cette dernière, consacrée propriétaire des murs sans que soit dénié aux héritiers Chentli le droit sur le fonds de commerce.

L'EGTE s'invitera par la suite dans le carrousel judiciaire en s'opposant à toute velléité de récupération de la salle par la cinémathèque algérienne et ce, jusqu'à en obtenir un arrêt de justice qui aurait pu être mis en exécution, il y a de cela quelques mois, n'était un détail dans la rédaction du document. Un détail qui, semblerait-il, aurait fait avorter toutes les procédures engagées depuis le début de l'année 2000. En fait, tout cela ne peut empêcher une vérité vraie : tôt ou tard la salle devait revenir à l'EGTE et toutes les démarches contraires ne feraient que renvoyer en vain un dossier logiquement clos au regard du droit.

Et c'est sans doute cette réalité incontournable qui a conduit la ministre de la Culture à autoriser son secrétaire à rencontrer le staff dirigeant de l'Entreprise de gestion touristique de l'est, mercredi 4 avril, pour convenir des voies et moyens de cession sans faire trop de vagues et pourquoi pas évoquer des mesures compensatoires sachant que le secteur de la culture a énormément investi dans cette salle bien que, à l'heure actuelle, si le bâtiment a de la superbe, l'intérieur ne soit qu'un amas de décombres.

Mais, si la restitution a des chances de se confirmer dans les semaines ou mois à venir, il est une autre réalité intangible qui consiste à faire garder à la salle sa vocation initiale dans tous les cas de figure. C'est l'une des dispositions non compressibles de l'arrêté interministériel de 1997 disposant du cadre d'application relatif à la restitution des salles de spectacles à leurs propriétaires. Cela étant, c'est une autre délégation conduite par le directeur de la Cinémathèque d'Alger qui s'est encore déplacée à Constantine lundi dernier. Les membres de celle-ci auraient fait le déplacement pour constater de visu la situation de la salle pour, semblerait-il, «faire une proposition de réhabilitation à madame la ministre dans le cadre d'Alger, capitale de la culture arabe». C'est du moins la version officielle donnée par la délégation aux travailleurs de la Cinémathèque de Constantine qui l'accompagnaient. Il n'était pas question, évidemment, de les alarmer quant à la suite de ce qui allait être décidé a posteriori. Pour la responsable de la communication de l'EGTE, il était «clair que l'entreprise va récupérer la salle pour la simple raison qu'elle est forte de son droit. Cela dit, même au niveau du ministère de la Culture, il n'y a pas de réelle opposition pour ce faire, à l'exception du maintien de la vocation de la salle. A ce stade de la réflexion, en quoi cela dérangerait-il l'hôtel qu'il en soit ainsi ? Sauf qu'il faudrait en réglementer la situation et mettre fin à un contentieux qui n'arrête pas de perdurer sans réel profit pour toutes les parties». Soulignons en conclusion, qu'il n'y a pas que la salle de spectacles qui soit au centre d'un contentieux mais également plusieurs fonds de commerce que l'EGTE est en voie de récupérer par voie de justice. Ce dossier, lourd à gérer, a énormément pesé et ce, jusqu'à remettre en cause les opérations de cession de l'hôtel à des investisseurs étrangers.

A. Lemili


El Watan - 21 février 2008

Salles de cinéma
Le grand écran, histoire d'une opacité

Les travaux de réhabilitation de la salle de répertoire de la cinémathèque Annasr, engagés par la Dlep et achevés, voilà plus de trois années déjà, souffrent, apprend-on, de malfaçons et de non-conformité aux exigences des cahiers des charges.

En effet, le capitonnage et les fauteuils ne peuvent obtenir le certificat de conformité exigé par les services de la Protection civile pour toute infrastructure devant accueillir un public. La matière choisie pour le capitonnage n'est pas aux normes reconnues, le tissu devant être ignifuge, pour résister à un éventuel incendie. C'est l'obstacle premier qui n'a pas permis la réouverture de cette salle, privant ainsi les Constantinois de toute activité cinématographique, d'autant plus que les autres salles demeurent fermées et dans un état de délabrement très avancé. Pour ce qui est des appareils de projection, le directeur de la culture a dernièrement sollicité l'intervention du wali pour récupérer deux appareils, neufs, qui croupissaient à la maison de jeunes de Hamma Bouziane. Abdelmalek Boudiaf s'est engagé à les attribuer à la salle Annasr. Pour ce qui est du (re)-capitonnage et des sièges, nous apprenons du directeur de la culture, que le ministère a récemment accepté de couvrir le coût global de cette réfection, qui avoisine les 6 MDA (millions). Selon les responsables locaux, la réouverture de la salle se fera avant la fin de l'année. Espérons alors que ce n'est pas une énième promesse, comme nous en ont habitués hélas, ces mêmes responsables. En ce qui concerne les autres salles de cinéma, les promesses répétées, non suivies d'actes, ont fait voler en éclats tout espoir de réhabilitation et de réouverture de ces structures. Aux dernières nouvelles, une délégation de cadres du département de Khalida Toumi s'est rendue à Constantine pour tenter de récupérer au moins deux salles, et éventuellement en prendre en charge l'exploitation, il s'agit des salles l'Olympia et le Versailles. Cette option entre dans le cadre d'une démarche, initiée à l'échelle nationale, dont l'objet est de récupérer et prendre en charge deux salles de cinéma dans chaque wilaya, et ce afin de relancer l'activité cinématographique à travers le pays. Cependant, deux obstacles surgissent, risquant de faire échouer ce projet. La récupération de ces salles demeure tributaire de l'agrément des communes, qui en sont propriétaires, mais ne faisant absolument rien pour leur réhabilitation. La deuxième difficulté, une fois les salles reprises par le ministère de la culture, concerne leur gestion, car les communes sont inaptes à assumer cette tâche. Du côté du ministère, l'on pense que seule la création d'un office pourrait remédier à ce problème crucial, surtout quand on connaît le déficit en gestion des infrastructures culturelles, dont la majorité est sans statut. Et l'on ne pourra parler de relance effective du 7e art, sans citer les actions initiées par des associations, permettant un retour, encore assez timide, du ciné-club. Reste encore le projet d'un multiplex cinématographique, dont le père n'est autre que le célèbre réalisateur Youcef Chahine, et financé par des fonds emiratis. La boîte de distribution, Cirta film, chargée de la réalisation de ce projet à Constantine, semble avoir des difficultés pour obtenir un terrain, afin de concrétiser ce projet géant, étant donné que le wali n'a donné aucune suite à ces nombreuses sollicitations.

Djamel B.


La Tribune - 26 novembre 2008

Les salles vivent une situation sombre
Cinémas de quartier : l'hécatombe

«C'est la dernière séquence.C'est la dernière séance.Le rideau va tomber», ce sont les paroles d'un tube d'Eddy Mitchell ô combien applicable à la situation des salles de cinéma de Constantine et plus particulièrement de celles qu'on appelle les cinémas de quartier. Bab-El-Kantra (Olympia), Bellevue (ABC), Sidi-Mabrouk (Versailles), Souika (Royal), la rue de France (Triomphe puis cinémathèque) et Bardo (Cirta puis deuxième cinémathèque et le défunt Alhambra victime d'un incendie durant les années cinquante) ont, depuis que l'industrie du cinéma est née et que le septième art s'est installé en Algérie, eu leur salle.
Il importe peu que l'occupant français ait créé ces salles dans l'intention de contenir les populations dans leurs quartiers et partant, de mieux maîtriser la circulation des autochtones mais il n'en demeure pas moins que, si tel était le cas, une telle option a plus servi les Constantinois et desservi son promoteur.
Ainsi, jusqu'à la fin des années soixante-dix, cinéphile ou non, amateur de films d'art et d'essai, de fiction, l'habitant de la ville des Ponts avait le choix entre six longs métrages avec une salle qui s'est plutôt spécialisée en films arabes et hindous (Cirta). Le fils du propriétaire de la salle (nationalisée au début des années soixante et restituée à la fin des années 90) soulignera pour sa part : «En fait, mon père a acheté cette salle à des associés français, juifs et marocains rien que pour projeter au profit de nos compatriotes des films réalisés et produits par les pays arabes, notamment l'Egypte. C'était, disait-il, pour sortir nos compatriotes d'un isolement culturel, voire festif sciemment entretenu par les Français.» Effectivement, dans l'un de ses numéros, la Dépêche (An Nasr, aujourd'hui) titrait en une : «Un agriculteur investit dans la culture». L'acquéreur était originaire d'une famille de propriétaires terriens, en
l'occurrence Chentli.
De Douglas Fairbanks Jr. à Sashi Kapoor en passant par Burt Lancaster, Kamel Ech Chenaoui, Rochdi Abaza, les Constantinois allaient pleinement profiter de tous les genres que pouvait produire le cinéma mondial.
La transformation de deux salles en cinémathèque ou salles de répertoire de la Cinémathèque algérienne allait apporter un plus dans la mesure où, grâce à la dynamique installée à l'époque par deux jeunes cinéphiles, Constantine allait devenir le lieu incontournable du cinéma arabe et maghrébin avec la mise en place de deux festivals pour l'un et l'autre. Les plus grandes figures du cinéma arabe
(réalisateurs, producteurs et stars) et invités en guest stars d'autres grands noms du cinéma occidental s'y pressaient. A l'heure actuelle, plus aucun cinéma n'est ouvert. Dans leur majorité, les cabines de projection sont soit frappées d'obsolescence, soit inexistantes, les sièges dans un piteux état et généralement rongés par les rats. L'une des salles (ABC) n'a plus de sièges, l'indu occupant ayant d'autorité décidé de la transformer en salle des fêtes totalement dévoyée.
Les élus communaux n'ayant, en général, aucune relation avec la culture ont laissé faire depuis le début des années 90 en avançant comme prétexte «le vide réglementaire et juridique» ayant conduit à leur attribution à des privés.
Un entretien que nous avons eu récemment avec le vice-président chargé du dossier nous a permis d'apprendre qu'une «proposition avait été faite à l'assemblée pour la modification des salles de cinéma en commerces» (sic).
La ministre de la Culture promet pourtant la réouverture des salles et se fixe un quota jusqu'à 2012. Constantine ne semble pas être concernée. 

A. L.


La Tribune - 25 mars 2010

Des personnalités ont décliné la proposition du poste
La Cinémathèque algérienne de Constantine en quête d'un responsable

Photo : A. Lemili

De notre correspondant à Constantine
A. Lemili

Enfin une annonce faite par la Cinémathèque algérienne, qui a eu le mérite de polariser l'intérêt des Constantinois et de leur arracher un moment d'attention. De quoi s'agit-il ? De l'appel au recrutement d'un responsable de la salle de répertoire qui fut l'orgueil de la cité et qui n'en dispose plus depuis près de vingt-cinq ans. Cela est grave pour une wilaya et, surtout, une institution qui était parvenue à avoir deux salles de répertoire de la cinémathèque mais aussi d'avoir contribué, sinon, été à l'origine de l'ouverture de salles similaires à Biskra, Batna, Bordj Bou Arreridj, etc.
Vraisemblablement, la direction de la Cinémathèque algérienne n'a pas été inondée de candidatures. Pis, ce n'est pas seulement pour ses salles situées en province qu'elle n'arrive pas à trouver des pilotes mais également au niveau de la capitale. Des propositions ont été faites isolément à de nombreux acteurs de la vie associative ou proches du microcosme culturel mais toutes les personnes susceptibles d'avoir le profil de l'emploi et surtout la capacité de jouer les casse-gueules dans un secteur (le cinéma et plus particulièrement le cinéma d'art) où rien ne fonctionne normalement ont élégamment décliné la proposition. Rencontré par le plus fortuit des hasards (histoire de rester dans la formule cinématographique), l'un des élus s'était dit pratiquement catastrophé d'avoir refusé parce qu'il craignait «d'être dorénavant mal vu par le secteur». En plus clair, d'être ostracisé à l'avenir et pourquoi pas d'être l'objet d'une certaine forme de représailles comme celle de ne plus pouvoir prétendre, le cas échéant, à un poste vacant qui serait moins encombrant et surtout sinistré que ne l'est la Cinémathèque algérienne. Morale de l'histoire : si le ministère de tutelle n'arrive pas à trouver des dirigeants pour le cinéma, arrivera-t-il effectivement à redresser le secteur d'ici à 2012 comme s'y est engagée la ministre ? Les paris sont ouverts. Rappelons enfin que les deux salles de répertoire de la ville de Constantine sont fermées depuis 1996 pour la salle Cirta, totalement inefficiente à la suite d'un incendie, et 2000 pour An Nasr, une salle réhabilitée en 2003 pour 25 millions de dinars et qui va l'être encore une fois, sans jamais avoir été rouverte, pour cette fois-ci seulement 20 millions de dinars. Celle d'Annaba fonctionne aléatoirement en support vidéo. Le reste du parc dans l'est du pays est à l'arrêt pour différentes raisons mais certainement pas pour cause de défection des. cinéphiles.  

A. L.


La Tribune - 29 mars 2010

Un cadre du ministère de la Culture à Constantine
Vers la réhabilitation de la salle de cinéma le Cirta

Photo : A. Lemili

Mme Bencheikh, de la Direction du développement et de la promotion des arts auprès du ministère de la Culture, était depuis dimanche dernier à Constantine où elle a eu à visiter les différents établissements publics culturels susceptibles d'être réaménagés ou réhabilités selon l'état dans lequel où ils se trouvaient.
La responsable a eu ainsi à constater de visu l'état dans lequel se trouvait la deuxième salle de répertoire de la Cinémathèque algérienne, en l'occurrence le Cirta, laquelle, est-il besoin de le rappeler, a été l'objet d'un incendie qui l'a totalement ravagée il y a plus de 13 ans.
Selon ce que nous avons appris auprès de la déléguée de la ministre de la Culture, Khalida Toumi, le secteur envisage sérieusement de réhabiliter la mythique salle, d'autant que le différend avec le ministère du Tourisme, réputé propriétaire de la salle en tant que partie mitoyenne de l'hôtel Cirta, a été résolu. Accompagnée du directeur de wilaya de la culture, M. Foughali, et du responsable par intérim des salles An-Nasr et Cirta, M. Abdelmalek, Mme Bencheikh a affirmé «la très claire volonté du ministère de réhabiliter cette salle» dont elle a, par ailleurs, admiré la magnificence, malgré l'état déplorable dans laquelle elle se trouvait. Selon l'émissaire du ministère de la Culture, le wali de Constantine aurait également fait part de l'entière disponibilité des pouvoirs publics locaux pour la reprise intégrale des travaux de réhabilitation pour peu que ce projet fasse l'objet d'une inscription au budget.Toutefois, cet intérêt accru ne peut être qu'un autre feu de paille circonstanciel, dans la mesure où, depuis la désignation de Mme Toumi à la tête du secteur, les délégations n'ont cessé de défiler, les personnes déléguées s'engageant fermement à matérialiser les engagements pris sur place pour qu'ensuite et très souvent, être remerciées ou, dans le jargon habituel, «appelées à d'autres fonctions» et disparaître dans la nature. Leurs résolutions demeurant évidement des voux pieux. L'urgence aurait sans doute voulu que si, financièrement, l'Etat est en mesure de relancer l'activité cinématographique, la priorité devrait aller à la réouverture des salles déjà existantes et «sur pied» même si, comme les écuries d'Augias, une réhabilitation sérieuse s'impose dans ces différentes structures qui gardent néanmoins l'avantage d'être moins «ravagées». Soulignons qu'il y a quatre ans, un représentant de l'UE a eu l'opportunité de visiter à titre informel la salle Cirta et n'avait pas manqué de nous faire part de «l'option d'une institution comme l'Union européenne de réhabiliter à son entière prise en charge de la salle si les pouvoirs publics y condescendaient officiellement». Cette opération était possible dans le cadre de la politique de protection, de préservation et de réhabilitation d'un programme spécifique visant les salles de spectacles méditerranéennes et plus particulièrement celles qui feraient partie du patrimoine historique et/ou culturel local. 

A. L.


La Tribune - 7 octobre 2010

Fermées et livrées à l'abandon
Salles de cinéma à Constantine : parc en péril

De notre correspondant à Constantine
A. Lemili - Photo : A. Lemili

Il y existe des librairies, il s'y déroule des concerts, il  y est donné des représentations théâtrales mais il reste une implacable certitude : aucune salle de cinéma ne fonctionne à Constantine. Elles ont le mérite d'exister comme celui de détenir le label de musée. Non pas dans le sens noble qui devrait leur être donné mais comme modèle de l'archaïsme. Nul ne sait aujourd'hui comment sont faites les salles à l'intérieur, exception faite de la salle de répertoire An-Nasr (cinémathèque algérienne) laquelle tient heureusement le coup eu égard à la présence continuelle d'un personnel encore sur place et que ne réduira que le départ à la retraite de ceux atteints par la limite d'âge et, au pire des cas, le décès. Mais il est quasiment certain que El Andalous (ex-Versailles), Olympia, Rhumel (Royal) doivent être dans un état de délabrement inimaginable, l'exemple parfait demeurant cette dernière salle qui a gardé pignon sur rue par rapport à sa façade (entrée) mais un éboulement dû à l'écroulement des maisons de la vieille ville empêche tout accès aux espaces essentiels (administration, cabine de projection, issues de secours). Mais  l'une de ces salles, qui par ailleurs constitue l'un des pans du carré des cinémas historiques de la ville, en l'occurrence Anouar (ex-ABC) a totalement été détournée de sa vocation dans la mesure où tous ses sièges ont été enlevés pour laisser la place à un espace accueillant diverses manifestations (mariages, circoncisions) et, depuis quelque temps, des concerts avec la contribution du CCF. Encore un paradoxe dans une ville où ce qui n'est pas réglementaire
est vite affranchi par le fait accompli. Il y a lieu de rappeler au sujet de la salle ABC qu'elle est au centre d'un différend entre les services du patrimoine, pour ne pas dire l'APC, et le locataire initial des lieux, aujourd'hui décédé. Après presque quinze ans de procédures, il semblerait que le dossier doive être repris en fonction du nouveau «propriétaire» des lieux qui n'est autre que son épouse.Quoi qu'il en soit, il ne se trouve pas une seule salle de cinéma en mesure de fonctionner à travers toute la wilaya même si celle de la ville du Khroub va s'avérer disponible pour les meetings politiques à venir, les assemblées générales du club fanion local et accessoirement au stockage des denrées alimentaires du fameux couffin de Ramadhan. Elle gardera, aux yeux des responsables, toutes missions confondues, le mérite de servir à quelque chose d'autant plus que, s'agissant de cinéma, il est peu évident qu'on puisse en  faire dans la mesure où elle ne dispose pas d'équipements. Questionné justement, il y a quelques semaines, sur le sujet, M. Hemaïzia, le président d'APC nous informait de la prochaine mise en adjudication de la salle.Les dernières activités de salle de cinéma à statut public remontent à 1999 (cinémathèque An-Nasr) et prendront fin avec la cessation d'exercice d'un distributeur-exploitant privé en 2004. Pour l'anecdote, une jeune fille entrant, vraisemblablement, avec son père pour la première fois dans une salle de cinéma lui avait demandé : «Papa, c'est quoi cette grande toile blanche collée au mur ?» Il s'agissait évidemment de l'écran, un écran que ne connaissait forcément pas une enfant de la télé et pour cause. l'absence de salle évoquée précédemment.
Alors d'ici là que  dans la panique, des gens fuient une salle de cinéma dès que les lumières seront éteintes, il y a un pas dans la fiction que nous franchirons allègrement. 

A. L.


La Tribune - 23 décembre 2010

Salles de projection à Constantine
Un patrimoine culturel et immobilier en perdition

De notre correspondant à Constantine
A. Lemili

Il y a trois semaines, la radio locale de Constantine a mis dans le cadre de ses programmes un important thème qui est venu, coïncidence involontaire, battre en brèche tous les discours officiels qui concernent le cinéma, sinon sa relance, et, partant de cet objectif, la disponibilité des espaces devant accueillir et vulgariser de nouveau cet art. Il y a lieu de souligner que le sujet en discussion a suscité auprès des auditeurs un intérêt rarement connu. Le standard a dû évacuer bien des appels, et ceux parmi les habitants qui ont pu s'exprimer n'ont pas manqué de dire tous leurs doutes au sujet des déclarations des responsables présents dans le studio et surtout de leurs engagements ou des promesses de relancer le secteur. Certains des intervenants n'hésiteront pas à être virulents en soulignant que «le meilleur service que les responsables en charge de la culture puissent rendre au secteur serait qu'ils en sortent».
Les trois cadres délégués par la commune pour apporter un éclairage sur la question se sont retrouvés totalement désarmés devant le flux de questions des journalistes et des auditeurs. En fait, il relevait de la gageure de pouvoir obtenir une réponse plausible aux questions posées tant ils semblaient totalement étrangers à un patrimoine dont ils avaient la charge et auquel ils ne connaissaient rien par défaut d'aptitudes professionnelles, voire d'accointances personnelles avec la culture. Ils n'étaient pas non plus en mesure d'apporter une quelconque réponse aux interrogations relatives à l'inventaire des salles de cinéma «récupérées par voie de justice, dont la dernière en date El-Anouar (ex-ABC)» comme ils étaient dans l'incapacité d'apporter des précisions sur tout ce qui était susceptible d'être engagé pour leur réhabilitation, les moyens financiers alloués, la nature des aménagements.«Nous avons récupéré des lieux dans leur quasi-intégralité vandalisés par ceux qui les géraient», a déclaré D. Sengouga, chef de service du patrimoine. Ce qui, au demeurant, est vrai, mais en partie seulement. Les salles déjà en mauvais état étaient tombées dans une situation plus grave de décrépitude depuis leur récupération par la commune au motif qu'elles sont demeurées fermées, livrées parfois aux actes prédateurs de l'homme mais tout autant et surtout des aléas de la nature (infiltration d'eau de pluie, érosion des sols, des toitures, des murs, équipements rongés par la rouille) à l'image de la salle Rhummel dont l'un des principaux accès aux bureaux administratifs et à la cabine de projection est définitivement condamné par un amas de gravats, conséquence d'un éboulement. Or, cela ne serait jamais arrivé s'il y avait une activité. Aussi condamnable est la méthode de gestion du privé qui l'occupait, dont le mérite était de préserver, même sommairement, l'état des lieux. Les auditeurs n'ont pas manqué de conclure que tous les engagements pris et que pouvaient prendre les pouvoirs publics pour la relance du cinéma d'une manière générale ne sont que de la poudre aux yeux. Leur conviction est plus affirmée s'agissant de la réouverture des salles de Constantine. Du coup, c'est toute la crédibilité de l'Etat qui est remise en cause et non sans raison d'ailleurs, sachant qu'en visite à Constantine, il y a quatre ans, la ministre de la Culture, Khalida Toumi, avait annoncé la réouverture «de la salle de répertoire de la cinémathèque An-Nasr à la fin du mois», poussant la précision jusqu'à communiquer le nom de son directeur. Un directeur que nous avons contacté dans le quart d'heure qui a suivi l'annonce ministérielle et qui avait alors manqué de tomber à la renverse pour la simple raison qu'il l'ignorait et qu'il n'était nullement intéressé par le poste, arguant l'état sinistré dans lequel se trouvait le secteur, un secteur où il n'était pas disposé à jouer les pompiers de service et plus particulièrement en raison de la restriction de toute marge de manouvre ou initiatives de nature à le sortir de sa déliquescence.
Le directeur de la culture intervenant au cours du forum radiophonique reste, quant à lui, persuadé du prochain redémarrage du secteur tant au niveau national que local et a pris l'engagement de la remise en exploitation des salles de cinéma pour l'année 2011 pour peu que la décision ministérielle de les récupérer dans le cadre de la loi soit suivie d'effet. A vrai dire, ses bonnes intentions devraient déjà se matérialiser par la relance des projections cinématographiques au moins dans les salles de spectacles des palais et maison de la culture qui relèvent actuellement de ses attributions. Ce directeur de la culture a tenu à souligner qu'il existait huit salles de cinéma et non sept. Il incluait la salle Massinissa implantée dans la ville du Khroub. Les représentants du patrimoine de la commune évoquée n'ont pas jugé utile de faire le déplacement. Comme quoi la culture est bel et bien le dernier de leurs soucis. 

A. L.


La Tribune - 23 décembre 2010

La décision de leur réhabilitation tarde à venir
Six cinés en stand-by à Constantine

De notre correspondant à Constantine
Nasser Hannachi

«Les salles de cinéma qui ont été louées aux opérateurs privés ces dernières années, ont été reprises.» C'est ce que nous apprenons auprès de la direction du patrimoine de la wilaya de Constantine. Elles sont quatre salles, toutes appartenant à la municipalité. La quatrième a été récupérée hier au terme de la décision judiciaire d'expulsion, a révélé un responsable. Les dégâts matériels enregistrés au sein de ces espaces voués à l'activité cinématographique sont énormes. «Le constat de dégradation est sans équivoque. Mais nous avons engagé des procédures afin d'être indemnisés», affirmera notre interlocuteur. Si la commune a recouvré les loyers impayés, il reste toutefois à exiger des indemnités. Et pour évaluer les dégâts et calculer ces indemnités, il faut recourir à des experts.
A ce titre, le directeur de l'organisme susmentionné, M. Dekari, a certifié qu'une fois les expertises achevées la machine judiciaire qui est mise en branle s'attellera à entreprendre les actions nécessaires permettrant à la commune de percevoir les dédommagements qui lui sont dus. Quel sera le prix à payer ? Personne n'est en mesure de le dire tant que l'expertise n'est pas bouclée. Quoi qu'il en soit, des transformations ont été apportées à ces lieux qui ont été ternis et détournés de leur vocation originelle des années durant. De ce fait, on peut imaginer l'ampleur des dégâts et du chantier qu'il faudra engager pour récupérer ces espaces et les retransformer en salles de cinéma dignes de ce nom et de l'art qu'elles sont censées mettre en valeur. Pour le moins, les responsables de la commune par le biais de leur service technique ont d'ores et déjà arrêté le budget qui sera alloué à cette opération de «rafistolage» avant l'entame du lifting ! Le lancement des chantiers attend l'aval du ministère de la Culture. En ce qui concerne les deux salles affiliées à la direction de la culture de la wilaya, à savoir An Nasr et Cirta, des engagements concrets ont été pris pour leur réhabilitation. Les cahiers des charges et les enveloppes budgétaires sont fin prêts et l'on attend plus que la décision du Centre national de cinématographie, le nouvel organisme qui se chargera à l'avenir de ce secteur. «Les travaux de réhabilitation débuteront en 2011», a certifié le directeur de la culture, ajoutant que, pour ce qui est du cinéma An Nasr, un rapport détaillé a été envoyé au ministère en vue de décider des travaux. «Je suis convaincu que la nouvelle année sera dédiée au 7ème art. D'autant qu'elle coïncidera avec la manifestation : Tlemcen, capitale de la culture islamique 2011», assure-t-il. La gestion de ce créneau, selon des sources officielles, écarte toute piste de réattribution au privé. Ce sera le ministère, par le truchement de ses directions de culture, qui veillera à la gestion des salles de cinéma. Point de bricolage sous couvert «cinématographique» car l'expérience a montré toutes les défaillances qui ont valu une clochardisation à cet art. Mais la question des compétences, autrement dit des ressources humaines, qui prendront en charge le secteur, mérite d'être posée. Qui seront ces gestionnaires qui s'occuperont des activités cinématographiques ? Ont-ils les capacités requises pour ce créneau ? S'il n'y a pas de bon encadrement, les salles risquent de revenir au point de départ. Le cinéma n'est pas encore sorti d'affaire. 

N.  H.


Algérie Soir - 1er mars 2011

Prochaine réouverture des salles de cinéma An-Nasr et l'ABC, à Constantine

Les salles de cinéma An-Nasr et l'ABC de Constantine seront rouvertes ''d'ici fin 2011'', a indiqué le directeur de la culture, lundi en marge de la cérémonie de clôture des journées cinématographiques de la ville. La réouverture de ces deux salles, demeurées longtemps fermées, permettra à la cité du Rocher de remédier à une ''fausse note'' en matière culturelle et donnera à la ville la possibilité d'abriter de grands festivals dédiés au 7e art, a souligné le même responsable. Le baisser de rideau des journées cinématographiques a eu lieu en présence de figures marquantes du cinéma algérien, à l'image de la grande actrice Chafia Boudraâ dont la seule présence au palais de la culture Malek-Haddad qui a abrité la manifestation a constitué un petit événement, de nombreux cinéphiles voulant coûte que coûte l'approcher et lui dire quelques mots.
Un concert de chant andalou animé par la star Bheidja Rahal a marqué la clôture de ces journées par lesquelles les organisateurs entendaient réconcilier le public avec le cinéma qui retrouve doucement mais sûrement voix au chapitre en Algérie.

Durant trois jours, le public constantinois a eu à découvrir la créativité, le professionnalisme et le talent de plusieurs cinéastes algériens, à travers 6 courts-métrages et 2 films parmi lesquels ''Le dernier passager'' de Mounès Khammar, et ''Hors la loi'' de Rachid Bouchareb.

Le défunt Larbi Zekkal, Chafia Boudraâ, affectueusement surnommée ''La Aïni'' par référence à son rôle inoubliable dans ''L'incendie'' du regretté Mustapha Badie, et l'homme de radio Djamel-Eddine Hazourli, avaient, rappelle-t-on, été honorés lors de l'ouverture, samedi dernier, de ces journées cinématographiques qui ont permis aux Constantinois de renouer avec l'ambiance particulière des salles obscures.


La Tribune - 17 novembre 2012

Dans le cadre de la réhabilitation des salles relevant du CNC
Les cinémathèques de Constantine et de Souk Ahras bientôt réceptionnées

Synthèse de Sihem Ammour 

Dans le cadre d'une opération ministérielle globale de financement de la réhabilitation au niveau national de cinq salles relevant du Centre national de la cinématographie (CNC), les cinémathèques de Constantine et de Souk Ahras seront prochainement ouvertes aux cinéphiles selon les responsables concernés. En effet, le directeur de wilaya de la culture, Djamel Foughali, a récemment annoncé à l'APS que la cinémathèque An-Nasr de Constantine «ouvrira de nouveau ses portes avant la fin mars prochain avec un nouveau look».
Ce musée du cinéma, fermé aux amateurs du 7e art depuis une décennie pour une question de mise en conformité de la salle aux normes de sécurité requises, devra retrouver son activité, marquée par la projection de films d'auteurs et l'organisation de séances-débats en présence de cinéastes et d'hommes de culture, a-t-il ajouté dans une déclaration à l'APS. Restauré une première fois en 2002, cet espace culturel de plus de deux cents places était un véritable centre de rayonnement culturel pour les amateurs du 7e art qui a dû, de nouveau, fermer ses portes, pour une seconde réhabilitation exigée par les services de la Protection civile pour des raisons de sécurité.  A ce propos, Djamel Foughali a rappelé que «les éléments de la Protection civile avaient relevé des défauts en matière d'aération et de moyens de lutte anti-incendie pouvant constituer un danger pour les spectateurs». La réhabilitation de cette salle de cinéma ex-Triomphe, est notamment consacrée à la rénovation de tout le système électrique desservant la salle et au revêtement des murs, du sol et de la siègerie qui seront ignifuges. La mise en place d'un matériel de projection moderne, l'installation de systèmes d'aération et de climatisation, la mise en place d'équipements anti-incendie seront entamées prochainement, a encore précisé le directeur de la culture. Pour rappel, la réhabilitation de la cinémathèque de la salle «An-Nasr» a fait couler beaucoup d'encre ces dernière années, car plus de cinq années après l'engagement de la ministre de la Culture pour la réception de la salle, l'ouverture a été sans cesse reportée pour des questions d'ordre technique et des problèmes de non-respect du cahier des charges de la sécurité anti-incendie. Il y a une année, c'est le wali de Constantine qui est monté au créneau pour rassurer sur la volonté des autorités de la Ville à ouvrer pour la promotion du 7e art dans la Ville des Ponts. La question qui se pose aujourd'hui c'est est que le cinéma va enfin triompher des imbroglios administratifs et pouvoir enfin illuminer le grand écran de la cinémathèque de Constantine. Par ailleurs, la cinémathèque de la ville de Souk Ahras portant le nom mythique de «Douniazad», fait, elle aussi, actuellement l'objet de travaux de réhabilitation, et «sera réceptionnée avant la fin de l'année en cours», a affirmé, à l'APS, Omar Manaâ, directeur de wilaya de la culture. Cet espace culturel, qui date de 1950, et qui servait dans le passé de salle de cinéma populaire, qui aura une capacité de quatre, cents places, vient d'être doté d'équipements modernes dont des appareils de projection de 35 mm et des appareils vidéo des plus sophistiqués.
La salle, dont les travaux de restauration ont nécessité un investissement de 150 millions de dinars, comprend également une salle de conférences de trois-cents sièges.

S. A.


El Watan - 29 avril 2014

Réhabilitation des salles de cinéma
La grande désillusion

Les supputations vont bon train, suscitant des doutes sur une éventuelle réhabilitation de ce qui reste de ce patrimoine culturel qui a fait les beaux jours de cette ville.

Plus d'une année après la présentation de l'avant-projet de la manifestation culturelle de 2015 à l'occasion de la visite à Constantine du Premier ministre Abdelmalek Sellal, c'est toujours le flou autour du volet de la réhabilitation des salles de cinéma. Ces salles qui faisaient autrefois la fierté de la ville, sont fermées depuis 14 ans; l'espoir nourri par les cinéphiles est devenu une grande désillusion. Interrogé sur cette situation, le directeur de la culture de la wilaya, Djamel Foughali, nous apprend que c'est depuis quelques jours seulement que le dossier de la réhabilitation des salles de cinéma lui a été affecté. Selon ses propres dires, c'est une autre institution, la commission des salles de cinéma en l'occurrence, qui était en charge de la réhabilitation des six salles de cinéma entrant dans le cadre de la manifestation culturelle de 2015.

Apparemment, c'est un dossier lourd qui n'a pas trouvé un écho favorable auprès de cette commission, d'où un retard inconsidéré quant à l'entame des travaux, alors que la ministre de la Culture, dans chacun de ses déplacements en fait son credo. Si pour la cinémathèque Cirta, attenante à l'hôtel qui porte le même nom, le projet de sa réhabilitation fait partie de celui consacré à tout l'établissement hôtelier, le sort réservé aux autres salles demeure inconnu. «Nous avons certes accusé un grand retard, mais maintenant que la ministre m'a instruit pour ce faire, j'ai tout de suite commencé l'élaboration des cahiers des charges et après consultation, nous allons, par le biais d'une passation de gré à gré, procéder à l'entame des travaux», a déclaré le directeur de la culture. «Le retard accusé ne nous laisse pas beaucoup de temps, et c'est pour cela que nous misons sur trois salles qui seront opérationnelles, lors de l'inauguration de cette manifestation. J'ajoute que nous avons sollicité des architectes constantinois, précisément des membres du conseil de l'ordre des architectes, le but étant de donner à ces professionnels, la possibilité de nous remettre un travail qui tiendra compte de plusieurs paramètres», a-t-il précisé.

Les salles concernées sont le cinéma Rhumel (ex-Royal), El Anouar (ex-ABC), et la salle de cinéma de Aïn Smara. Les autres salles sont concernées aussi par cette étude, mais risquent de dépasser les délais prévus, selon notre interlocuteur. Toutefois, pour ceux qui connaissent bien ces salles, la tâche serait ardue compte tenu de leur état de dégradation avancé. C'est le cas de la salle El Anouar, qui a été transformée par son ancien gérant en salle des fêtes, avant d'être abandonnée. Même constat pour le cinéma le Rhumel, sérieusement menacé par les bâtisses en ruine de Souika. Concernant le montant des crédits alloués à ce dossier, aucune information ne nous a été communiquée ; de même pour l'entame et la durée des travaux.

En revanche, la cinémathèque En-Nasr, sise à la rue du 19 Juin, qui a fait l'objet de travaux, n'est toujours pas opérationnelle, alors que le même responsable nous assure que tout a été fait et que, «aucun problème n'est à signaler». Mais selon certaines sources, l'entrepreneur connaît des problèmes de paiement. L'autre salle située à El Khroub, prévue dans la manifestation de 2014, semble faire chou blanc.   

N. Benouar

 

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Certains documents et renseignements proviennent des ouvrages de la série intitulée "La France à Constantine" de Jacques Gatt.
Les programmes viennent de la collection de Jean René Bobelin.