Lettre de Serge Tognazzoni

Octobre 2009

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Bonjour Serge,

J'ai un peu tardé à t'écrire, je m'en excuse, beaucoup à faire à mon retour, mais j'ai pensé à toi,durant mon séjour à Constantine et particulièrement lors de ma visite au faubourg Lamy , en commençant par le haut de la rue Marcel Gurriet, à la carrière Lentini,où le taxi nous a déposés.
Ce voyage fut pour moi chargé d'émotion, surtout en revoyant 50 ans après mon quartier.

Nous sommes arrivés le 3 octobre 2009, à 14h à l'aéroport d'Ain El Bey, j'ai foulé ma terre, les formalités ont duré une heure, il a fallu attendre pour les bagages, avant nous il y avait le retour des pèlerins de La Mecque.

Des amis algériens nous attendaient, nous sommes rentrés dans Constantine, par la route de l'université, nous avons pris un bon repas chez Amar, dans un quartier assez misérable.

Puis nous sommes partis en bus à Ain M'lila souper et passer notre première nuit chez Abderrahmane, une connaissance de mes amis. Très bon repas, chorba, viande et autres plats, puis le thé et les gâteaux, makrouts et autres et les beignets que j'aime, "les ftaïrs"

Le lendemain 4 octobre, il nous a déposé à l'hôtel des Princes, rue Rouault de Fleury, qui descend de la Pyramide jusqu'à la place Lamoricière, où nous avons séjourné.

La visite de la ville a débuté, évidemment, le centre ville n'a pas trop changé, la casino a disparu, mais j'ai vu beaucoup de jeunes qui sont là adossés aux murs, et qui nous demandent "une invitation" pour partir.
Dans la rue Caraman, beaucoup de magasins fermés, le Monoprix, le Globe d'autres encore.
En allant au quartier de Bellevue, le cinéma ABC, est fermé, il ne reste que l'enseigne, tous les cinémas sont fermés, le Vox rue de France, le Nunez pont Sidi Rached, l'Olympia à El Kantara.
L'ancien quartier juif, a été en partie démoli, en bas de la rue de France, à côté du lycée d'Aumale, il ont construit le téléphérique qui s'arrête à l'hôpital et le terminus est au Fbg Lamy Supérieur, il passe au-dessus du quartier et de la rue Marcel Gurriet.
Le stade Turpin est en partie démoli, pour construire la ligne du tramway.
Mes amis qui sont déjà venus l'an dernier, qui étaient coopérants et ont vécu presque 15 ans à Constantine, me disaient leur tristesse de voir comme cette ville s'est dégradée.

Le lundi 5 octobre, nous avons enfin, revu mon quartier, j'ai commencé par la rue Marcel Gurriet, je suis passé devant l'école annexe, il était vers17 heures, les élèves sortaient, j'ai descendu les escaliers et je me suis trouvé en présence du gardien et d'une enseignante, je leur ai dit que je suis né ici, et que j'étais élève dans cet école, alors là, ils m'ont souhaité la bienvenue, en me disant que j'étais chez moi, et m'ont invité à revoir ma classe. L'enseignante qui est professeure de Français, m'a montré les anciens bancs de la classe au fond et m'a aidé à ramener un banc au 1er rang pour la photo, là l'émotion était à son comble, j'ai pleuré, on a fait les photos ainsi que la cour, le préau, je les ai vivement remerciés.
Moi, dans ma classe, le vieux banc
et la professeure de français

De là je me suis arrêté, à ta maison, j'ai vu une dame du rez de chaussée qui m'a dit que Mme ALLACHE, n'était pas là, je lui ai dit que j'étais un ami de toi et de lui donner le bonjour.( Mme ALLACHE m'a appelé le lendemain pour m'inviter, je l'ai remerciée, je ne pouvais pas, je repartais à Ain M'lila, elle m'a demandé comment allait ton épouse, je lui ai dit que nous ne nous connaissions que par internet, aussi je te serais reconnaissant, si tu lui écris, de lui dire que je la remercie encore, pour son invitation, j'ai été très touché).


En bas de la rue Pierre Curie,
à l'angle de la rue Marcel Gurriet

Puis nous sommes remontés par la rue Pierre Curie, et là j'ai un peu hésité en revoyant ma maison, il y a un mur surélevé, j'ai demandé à un gamin devant la maison, si je pouvais voir les propriétaires, la dame à peu près 40 ans est arrivée, et m'a chaleureusement invité à entrer en me disant "bienvenue, vous êtes chez vous" et j'ai pu revoir ma chambre et toutes les pièces, maison très bien tenue, il y avait ses enfants, j'ai pu prendre des photos.


Assis à l'entrée de ma maison,
11 rue Pierre Curie

Avec la famille
dans ma maison

Dans la rue un monsieur s'est présenté, il est professeur d'université, il s'appelle M.ALI KHODJA Djamel, il m'a embrassé et souhaité la bienvenue dans mon pays, il habite la maison des HADDAD, à côté de Mme ALLACHE. Il m'a invité chez lui, mais nous avions peu de temps.

Ensuite j'ai revu l'école Bianco,nous sommes descendus par les esses, place Bianco, j'ai revu toutes les maisons et je me suis rappelé des noms des personnes qui les avaient habitées.


Devant l'école maternelle Bianco

Je suis arrivé rue du Chemin des Dames, devant l'immeuble de mes grand-parents, là aussi les propriétaires ( un couple d'une quarantaine d'années), de l'appartement où je suis né, m'ont invité à entrer et revoir toutes les pièces, j'ai pris la photos de la famille, sur le balcon, ils m'ont invité à revenir avec mon épouse et vraiment j'ai trouvé une chaleur humaine et beaucoup de gentillesse.
Quand je suis parti en descendant la rue, toute la famille était au balcon pour me faire des signes d'amitié et m'envoyer des baisers.

Pour résumer, je peux dire que partout sur notre passage, des Algériens nous ont souhaité la bienvenue et des anciens de mon âge, quand ils ont su que j'étais né ici, ils étaient encore plus contents, et me livraient leurs impressions, beaucoup m'ont dit qu'ils regrettaient l'époque où nous étions ensemble, mais c'est l'Histoire!
Certains dans les vieilles rues de la ville, ou à Ain M'lila, notamment des jeunes, nous interpellaient et nous disaient "voyez ce qu'ils ont fait de l'Algérie, c'est une poubelle", je laisse à chacun ses opinions.

Mais partout, partout, je peux dire que nous avons été très bien accueillis, une hospitalité qui ne se dément pas, sur les marchés, ou dans les rues, nous avions droit à "bienvenue chez nous, " en plus si je leur disais que je suis un pied-noir, c'était bienvenue dans votre pays, vous êtes chez vous, c'est votre terre".

Au monument aux morts, nous étions suivis par 3 policiers en civil de la sûreté, très aimables qui nous ont dit veiller sur notre sécurité.
Le fils du gardien sachant que j'étais un compatriote, est allé prendre les clés et nous a fait visiter l'intérieur et accéder à la terrasse, ce que je n'avais jamais fait, ni mes amis.

Les jours suivants, nous avons pris le train pour Philippeville, nous nous sommes baignés à Stora, 27, 28° nous avons déjeuné au restaurant La Voûte Romaine et sommes rentrés en bus, nous avons visité Timgad,
fait la route, Lambèse, Batna, Le Kroub, Oued Hamimim, Ain M'lila.
Le Kroub, Ain M'lila, Le Hamma, autrefois des villages, sont devenus des villes.

Voilà, je t'ai tout livré de mon séjour en Algérie, à Constantine, j'en reviens avec des sentiments mélangés, à la fois beaucoup d'émotion comme je l'ai dit, heureux, d'avoir trouvé une grande hospitalité, une démonstration d'amitié sincère, j'ai ressenti le bonheur, de me retrouver parmi les Algériens qui m'ont dit que j'étais un Algérien comme eux, que j'avais même l'accent quand je parlais un peu en Arabe.

Je suis content d'avoir fait ce retour à mes racines, c'est un beau livre qui se referme, j'avais la nostalgie de "mon pays", je ne savais pas, et j'étais quelque peu inquiet de l'accueil qui me serait fait, si je pourrais revoir mon école, ma maison , celle de mes grand-parents. Voilà c'est fait, cela a été un merveilleux voyage pour moi.

Pardonne moi d'avoir écrit longuement. Je joins les photos des écoles, du quartier, ma rue et de la famille qui m'a si bien reçu.

Amitiés,

Serge Tognazzoni : serge.tognazzoni@wanadoo.fr

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