Le palais du bey bientôt libéré, la vieille ville de plan en plan.

 

La Tribune - 18 mai 2008

De notre correspondant à Constantine
Nasser Hannachi

Si on évoque le patrimoine constantinois faisant l'objet de réhabilitation, il importe de mettre en relief le palais du bey Ahmed et la vieille ville. Toutefois, le recouvrement de leur restauration est à chaque fois renvoyé aux calendes grecques, en raison d'un tourbillon engendré soit par un manque de savoir-faire et de suivi, ce qui est le cas pour le palais, soit par des esquisses théoriques restées au frigo comme le fameux «master plan» qui, pour citer le cas de la vieille ville, sera détrôné par le plan de sauvegarde, mais le rafistolage est toujours présent.
Concernant le palais ottoman, il est resté en chantier à ciel ouvert depuis 1982. Il a vu défiler le passage de plusieurs entreprises nationales qui ont pris le relais des Polonais en 1986. Depuis, le bricolage domine tous les travaux. Les détails d'exécution contenus dans l'expertise polonaise n'ont pas été suivis, en plus de l'amateurisme de certaines entreprises qui croyaient en leur santé financière au détriment du talent requis pour ce genre d'ouvre. C'est sans doute cet écart qui a donné au chantier un nouveau starter et ce, à la faveur de la visite du président de la République en avril 2003. Bouteflika aura secoué «l'oranger» du palais puisque, deux mois plus tard, la restauration des lieux sera confiée à un bureau d'études spécialisé qui fera appel à son consultant, en la personne de M. Badjadja Abdelaziz, membre consultant et restaurateur près du ministère de la Culture. Cette sollicitation n'est pas fortuite du fait que le futur «docteur» du palais avait suivi des études de restauration des monuments et des sites historiques en Italie. Ses compétences s'avérèrent à l'institut Benbadis qu'il remit sur pied.
A l'évidence, la bâtisse serait en bonnes mains. Par conséquent, le bey ne devra pas s'inquiéter sur le sort de sa citadelle, à travers le constat de M. Badjadja. «Globalement, je dirais que le palais est sauvé. Il peut abriter des activités d'ici peu», nous affirmera-t-il. De fait, en sillonnant ses espaces, on serait en mesure d'avancer que ce joyau accueillera incessamment les pas de ses visiteurs. Les travaux sont à leur phase finale. L'architecte s'attaque à la boiserie en la confiant à une entreprise attentive surtout au détail. Sur les 450 portes et fenêtres sculptées, seules une cinquantaine de pièces restent à
peaufiner. En outre, la restauration de la polychromie, qui couvre 1 600 m2 du palais, nécessite, selon notre interlocuteur, l'intervention d'entreprises étrangères qualifiées. En raison de sa complexité, cette opération demande un outillage spécifique plus une technologie de pointe. Et qu'en est-il du budget consommé par le palais ? Sans ambages, M. Badjadja révèle qu'il est seulement en mesure de communiquer le montant consommé depuis le mois de juin 2003, soit la date où il a pris le projet jusqu'à ce jour. Ainsi, les dépenses sont estimées à 12 milliards sur les 16 prévus. Cependant, il est attendu à ce que ce montant soit rallongé parce que la polychromie a été expertisée mais pas encore évaluée. Sur un autre chapitre, on soulève des lenteurs et une certaine passivité quant au branchement en électricité du palais. La Sonelgaz ne veut pas prendre ce risque sans savoir qui s'acquittera des redevances, alors que la réglementation est claire là-dessus : les factures atterriront sur les bureaux du maître de l'ouvrage, du moins jusqu'à la livraison du projet.
Il faudra aussi ajouter le retard accusé dans l'aménagement de la place qui devra «se délester» des voitures pour servir de piétonnière. Il n'empêche
que Badjadja a proposé aux responsables d'ouvrir le palais au cours de cette année tout en continuant à restaurer sa polychromie. Si la restauration du palais a «bouffé» un temps record dépassant «le temps de sa construction» pour des motifs déjà évoqués, la vieille ville de Constantine est en train de subir une accélération dictée par le plan de sauvegarde. Ce dernier étant vivement critiqué par des observateurs aguerris, à l'image de Badjadja qui nous a confié : «J'étais impliqué dans le master plan.  Cela dit, comme le projet allait être financé par les Italiens, ma proposition était la suivante : exploiter le fonds alloué par l'Italie dans un master chantier. A commencer par la restauration de la vieille place de Constantine avec l'assistance technique des Italiens. En revanche, ces derniers ont suggéré seulement la réalisation d'un manuel guide.» D'autre part, le plan de sauvegarde n'a pas non plus échappé aux critiques de l'expert qui estime qu'ils ont démarré le plan permanent de sauvegarde en s'ouvrant sur plusieurs chantiers : «C'est du bricolage», dira-t-il, avant de révéler : «J'étais sollicité par le bureau d'études chargé de la réhabilitation de la vieille ville d'apposer ma signature pour valider leur travail réalisé jusqu'ici en ma qualité d'architecte agréé auprès du ministère.
Mais je ne peux cautionner une ouvre dont je n'ai pas assuré le suivi.» Et Badjadja de poursuivre : «On est en train d'utiliser un langage erroné quand on parle de ravalement de surface au niveau de la vieille ville. Cette technique existe mais pas dans un vieux centre !!» 
A vrai dire, l'arrêt du massacre du patrimoine constantinois interpelle des acteurs du secteur ayant surtout conscience de l'impact des traces historiques sur les générations futures. «Ne faisons pas des opérations de restauration une devanture pour des ambitions politiques ou commerciales. Il faut impliquer les citoyens, les entreprises et élaborer un plan pédagogique. Le système de suivi de l'ouvrage devra obéir à d'autres critères», conclut l'architecte restaurateur. 

N. H

Fermer