Traditions


A Constantine, comme dans le reste de l'Algérie, certaines fêtes religieuses ou certains évènements, donnent lieu à des coutumes particulières. Voici quelques unes de ces traditions telles qu'elles sont (ou étaient) pratiquées à Constantine.

Je remercie chaleureusement Essia pour ses textes et ses peintures.

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Quelques photos de l'Aïd el Kébir en 1971

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La veille de l'Achoura

Autrefois, la veille de l'Achoura, on préparait généralement une Chakhchoukha m'fèrmsa au poulet. Après le repas, toute la famille se réunissait pour la veillée. On étendait une grande nappe puis on servait dans des plateaux pêle-mêle des dattes, des figues, et bien d'autres fruits secs qu'on grignotait pendant toute la soirée.
Le lendemain, les enfants allaient de maison en maison en chantant. Des portes généreuses s'ouvraient et des petites mains, souvent bleuies par le froid matinal de Constantine, se tendaient : alors il pleuvait sur ces petites menottes quémandeuses des noix et des noisettes bien grasses, des dattes blondes, des cacahuètes odorantes, des bonbons dans leur papier argenté et des caramels dorés comme le miel. Toutes ces bonnes choses avaient vite fait de disparaître dans les poches et les petites gibecières qui se gonflaient au fur et à mesure du parcours. Mais avant de s'en aller, les enfants en chour chantaient pour remercier leur bienfaiteur : « Héddi dar sidna koul' âm é'dzidna ! », ce qui veut dire à peu près : «C'est la demeure de notre seigneur et que Dieu fasse que chaque année elle nous en offre davantage ! ».
Mais si, après avoir vainement toqué, portes et fenêtres restaient closes, les bambins entonnaient de leur voix criarde une chanson quelque peu revancharde : « Héddi dar bom-bom kharayine filbrom » ce qui peut se traduire à peu près ainsi :
« C'est la maison de bom-bom où l'on fait ses besoins dans les chaudrons ! »
Puis les gamins s'éloignaient de ces portes muettes, fredonnant déjà une autre rengaine.

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A l'approche du Mouloud

A l'approche du Mouloud il fallait évider les oufs pour en peindre les coquilles. Comment et pourquoi vider la coquille d'un ouf ? Il fallait prendre bien en main l'œuf et, à l'aide d'une grosse aiguille, en percer le sommet. Tremblant de peur, on aspirait, on secouait l'ouf qui finissait par laisser tomber son contenu dans l'assiette.
C'est à l'approche de la fête du Mouloud que les petits, donnant libre cours à leur imagination, peignaient les coquilles. Puis, sous le regardémerveillé des bambins, les parents ou le taleb parachevaient le travail : ils trouaient d'abord l'autre côté de l'ouf évidé pour pouvoir enfiler les coquilles différemment colorées et les attacher à une longue perche.
La veille du Mouloud, les enfants défilaient fièrement portant sur l'épaule cette gaule qui laissait pendre la précieuse collection d'oufs multicolores.
Ainsi, c'était pour avoir le plus long collier de coquilles peinturlurées, que jadis, à l'approche du Mouloud, les enfants étaient friands d'oufs.

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Cérémonial de la veillée du Mouloud

Autrefois, à la veille du Mouloud, les enfants s'ingéniaient pendant toute la soirée à cogner contre les murs un petit caillou au nom suggestif de tartaq ; sous le choc, cette pierre se mettait alors à étinceler et à crépiter. Les garçons faisaient éclater
des pétards près des fillettes qui jouaient aux effrayées. Les gamines, quant à elles, faisaient tournoyer à bout de bras, en cercles lumineux, des feux étincelants qu'on appelait « n'joume » ou étoiles.
Dans les cours intérieures des maisons, il était permis de ne faire exploser qu'un seul gros pétard qui non seulement ne détonnait pas mais, qui en éclatant,éclairait toute la maison tantôt d'une lumière verte tantôt d'une lumière rouge ; mais ce qui les faisait rire jusqu'aux larmes, c'était le petit vent qu'il laissait échapper avant de s'éteindre. A cause de ce bruit insolite, on surnommait ces pétards « téchèt elghoula» ce qui voulait dire « les pets de l'ogresse ».
Ces jeux se poursuivaient jusqu'au moment où le repas était servi : c'était en général une chakhchoukha omerzéïme (ou miettes de galette à la viande et au poulet) à la sauce épaisse accompagnée de petit lait crémeux à souhait. Après ce copieux repas, on promenait dans toute la maison un canoun rempli de braises ardentes sur lesquelles on jetait de pleines poignées d'encens qui, tout en grésillant, répandaient un parfum envoûtant.
Ensuite, dans chaque pièce, on allumait une petite bougie colorée et fine dont la flamme vacillante éclairait, toute la nuit, nos chambres en projetant sur les murs des ombres qu'on voulait effrayantes. Au matin, il ne restait des jolies bougies qu'une petite flaque de cire figée. En plus de ces jeux d'enfants, ce jour se particularisait aussi par le menu de ses repas ; au petit déjeuner, par exemple, on servait comme pour fêter la naissance d'un enfant, du Zr'ire, crème onctueuse et mielleuse qui colle au palais. Dans les familles aisées, ce matin-là, on mangeait le fameux bézid !
Le lendemain matin, on faisait éclater les ultimes pétards, mais ils n'avaient plus le même éclat comme si la féerie de la veille s'était dissipée dans la nuit.

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La confrérie des Issawas de Constantine et le septième jour après le Mouloud

La confrérie des Issawa a été fondée par les disciples de Sidi Mohamed Ben Aissa. La légende veut que des notables, voyant d'un mauvais oil l'influence que ce dernier exerçait sur ses disciples, le chassent hors du pays. Lors de la traversée du Sahara, le saint homme, suivi de ses adeptes, manqua cruellement d'eau et de vivres. Il entra en transe et ordonna à chacun de ses disciples de manger tout ce qui était à portée de main : c'est ainsi que pour survivre dans le désert,  les uns croquèrent du verre ou des braises ardentes, d'autres mangèrent de leur propre chair et bu même de leur sang. Au moment même du ravissement, les adeptes de cette confrérie ou khwanes, ont hérité du pouvoir d'assurer la pérennité de ce miracle en se lacérant, en mangeant de la chair crue et en avalant  du feu ou du verre ; s'y sont ajoutées par la suite d'autres pratiques comme la perforation de diverses parties du corps avec des broches, des épées et même des pieux sans danger pour leur personne.

La veille du septième jour du Mouloud, ou naissance du prophète, les Issawas recevaient dans leur zaouïa des donations. Il est vrai que seules les familles aisées constantinoises pouvaient se le permettre car ces offrandes étaient constituées d'un m'haouar* accompagné de quartiers de viande et agrémenté de pois chiches et d'oufs durs. Le couscous devait constituer pour la confrérie  le repas du soir. Il était aussi offert, ce jour là, trois grands plats ou mé'trèd; Le premier était rempli  de b'sissa* le second de z'rir garnis de bougies aux couleurs vives et le troisième était plein beignets ou qodeil au miel* ; Les beignets au miel étaient servis lors des différentes collations qui ponctuaient la nuit. En effet, pour commémorer la naissance du prophète, toute la nuit , les issawas avec le cheikh s'adonnaient à la lecture chantée sur des airs de malouf du « Le barazabdji ». Le barazabdji ? est un texte très long écrit par un imam Tunisien du même nom, qui retrace la vie du prophète (qlsssl) depuis l'annonce de sa naissance jusqu'à sa mort ; cette lecture est cependant entrecoupée par des chants religieux « anachide diniya » qui glorifient toujours le prophète. A l'aube, on servait aux issawas le traditionnel Z'rir (Bsisa miel et beurrel) ; cet entremet est d'ailleurs rituellement servi pour fêter une naissance.

Après la réalisation d'une oua'da ou vou, les Constantinois invitaient les Issawas à venir « jouer » chez eux. Il était simplement offert à la confrérie, lors de leur visite , du couscous et pour accompagner le café, un humble makroud* au miel. Les khwanes, appelés aussi  khouane ou  foukra, devaient, d'abord en groupe, se balancer régulièrement d'avant en arrière des heures durant tout en chantant des louages à Dieu. Comme le fait religieux s'exprimait dans toutes les manifestations populaires, les chants de la zaouia mêlaient des textes de  Coran, des implorations de pardon et des hymnes à la gloire du  prophète pour composer un répertoire appelé dikr qui était en fait  une préparation à la transe collective ou hadra.

C'était le Moqadème* ou doyen de la confrérie détenteur « du secret », qui le transmettait, en temps opportun, à son successeur. El cheikh avait le privilège de retirer, d'une caisse en bois ou séndoq-elsèr*, les différents accessoires qui servaient à la perforation et aux autres faits aussi spectaculaires ; c'est lui encore qui chuchotait, à l'oreille de tel ou tel  adepte en transe les mots qui l'apaiseraient enfin.

Les Issawas refusaient d'être payés mais par contre exigeaient qu'on ne fermât pas la porte du lieu où ils se produisaient car il ne fallait, en aucun cas, empêcher les fidèles de participer à la cérémonie afin de communier et de se purifier. En effet, ces adeptes sont appelés par euphémisme « ceux qui portent les roses » parce qu'ils ont déjà participé aux cérémonies et ont reçu, de ce fait, à l'oreille, les mots secrets du cheikh. Dès qu'ils entendaient la musique des Issawas, ces adeptes, ne pouvant s'empêcher d'entrer en transe, devaient impérieusement venir danser sous peine de tomber gravement malades. Il est d'ailleurs fréquent de voir, lors de ces cérémonies, des hommes et parfois des femmes en transe, danser avec une frénésie telle que le groupe des Issawas était alors dans l'obligation de jouer jusqu'à ce que les adeptes s'écroulent à terre. On souhaitait alors aux mossabines* « une bonne santé » car les vertus thérapeutiques de la transe étaient et sont toujours notoirement reconnues dans la société constantinoise.

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Cérémonial du ér'bïe ou printemps

Il est vrai que malgré la précocité du « printemps arabe », le fond de l'air demeure encore frais et le ciel semble comme délavé par toutes les pluies déversées l'hiver ; mais déjà éclosent les premières fleurs des pommiers et celles plus éclatantes des cerisiers. Sur les bords des routes, des enfants aux mains bleuies par le froid tendent des bouquets de jonquilles sauvages au parfum obsédant, appelées à Constantine « bélliri ».
Pour fêter l'arrivée du printemps, on prépare des bradjes. Toute la journée, la maison exhale la datte et le beurre cuits. Le soir même, les jeunes filles s'attèlaient à remplir de gâteaux des assiettes qu'elles enveloppaient dans des serviettes
multicolores. Les gamins s'en allaient les porter à tous les parents, amis et voisins, leur annonçant ainsi la venue du printemps.
Comme chaque année, toutes les mamans préparaient aussi des petites galettes de bradje, toutes rondes, qu'elles ne découpaient pas en quartiers. Le jour du printemps, toute la famille allait pique-niquer dans les champs, (ou dans les forêts du M'ridje et du Djébel wâhche) . On mangeait alors les bradjes et l'on buvait un petit lait des plus crémeux, mais pas avant d'avoir roulé, symboliquement, les petites galettes de bradje dans l'herbe tendre. On courait, on cueillait des myriades de fleurs multicolores puis on rentrait, fatigué, mais gavé de bradje et de grand air.

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Les alambics

La distillation (huile sur toile 50 X 70)Plusieurs doux parfums hantent la mémoire collective et nostalgique des Constantinois ; le plus vivace d'entre eux est certainement celui des fleurs de bigaradier et des roses qui parfumait longtemps les vielles demeures séculaires de la cité millénaire.
Généralement, c'est le soir, de retour au domicile familial, que le chef de famille rentrait chargé de panières de roses échevelées et pâles et de corbeilles débordantes de fleurs de bigaradier dans lesquelles se nichaient immanquablement des oranges amères. On s'empressait alors d'étendre, à même le sol, des draps et on y étalait les fleurs encore humides de rosée.
Toute la nuit, ces parterres de roses et de fleurettes, sans feuilles ni tiges, exhalaient leur dernier souffle en embaumant toute la maison.
A l'aube, la mère de famille installait dans la buanderie l'alambic, plaçait d'un air sérieux, sous le fourneau, une pincée de sel pour contrer le mauvais oeil et quelques morceaux de sucre pour que « L'opération soit plus douce ! ».
Dès que les première gouttes tombaient, on les recueillait pieusement en annonçant « ef'thah », ce qui veut dire « l'alambic exhale ». On faisait goûter à chaque membre de la famille présent une larme de ce divin breuvage. Ensuite, d'un geste auguste, il fallait asperger parcimonieusement coins et recoins de toute la maison.
A l'heure du café de l'après midi,  ce jour là, on avait droit à une tamina imbibée d'eau de rose que l'on servait encore chaude ; ce qui, en soi, est un rituel supplémentaire pour assurer à l'opération plus de douceur.
Le jour où l'on distillait était aussi invariablement jour de lessive. En effet, l'eau que l'on vidait très fréquemment du haut de l'alambic était au fur est à mesure versée dans des grandes gas'aäde cuivre rouge luisant. Tout en surveillant la lente distillation, les femmes en profitaient pour laver le linge avec cette eau tiède et surtout parfumée.
Les fleurs bouillies étaient récupérées dans des bocaux en verre afin qu'après le bain les femmes puissent s'en enduire le corps tout en le frottant longuement à l'aide de gants de crin, car, parait-il, cette pâte avait le pouvoir d'adoucir et de rendre le grain de la peau plus fin.
Les brocs, les pichets et les bouteilles, qui servaient habituellement à stocker l'eau, étaient ce jour-là alignés prés de l'alambic, contre le mur, attendant de transvaser à tour de rôle la précieuse eau distillée ; ces récipients s'en trouvaient alors pour longtemps parfumés. Malgré les lessives, les draps qui avaient servi à étendre les roses continuaient à dégager une ineffable senteur suave. Pendant toute la semaine qui suivait la distillation, il émanait un doux parfum champêtre de ces vieilles demeures où désormais les habitants buvaient, dormaient et respiraient le printemps.

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La més'sadna ou la messagère de la Fête.

Le Mlaya (huile sur toile 50 X 70)La més'sad'na était généralement une femme d'un certain âge issue d'une veille famille citadine modeste ; pour faire ce métier, il fallait d'abord avoir une certaine éducation, avoir de bonnes manières et surtout connaître toutes les familles constantinoises.
Il était de coutume de lancer les invitations une semaine au moins avant la fête. A la date indiquée, la més'sad'na se rendait au domicile du marié.
La mère de ce dernier l'emmenait alors au bain et le soir on lui enduisait les mains et les pieds de hénné ; le lendemain, elle était vêtue d'une gandoura rose et parée de bijoux ; elle était voilée comme il convenait de la me'laya , voile noir porté dans tout l'Est algérien.
La messagère sortait à la première heure du domicile du marié. Toute la journée, elle se rendait de maison en maison pour transmettre verbalement les invitations qui étaient fréquemment très nombreuses. Pour ne pas en oublier certaines et provoquer ainsi un incident familial, la veille, pendant toute la soirée, elle devait, avec la mère du marié, inventorier et compter les familles qu'elle aurait à convier. Elle glissait dans un petit sac en percale, tel le petit poucet, autant de pois chiches qu'elle avait d'invitations à transmettre.
Comme cette émissaire devait terminer sa mission avant la nuit, elle ne pouvait s'attarder à prendre le café ; c'est pourquoi la tradition voulait que l'on offrît à la més'sad'na de la confiture et surtout qu'on la rafraîchisse en l'inondant de parfum ; on ne manquait pas aussi de lui glisser, discrètement, sous l'encolure du décolleté de sa gandoura, un petit billet.
A chaque fois, après avoir rendu visite à une famille et après lui avoir délivré son message, elle prenait soin de jeter un pois chiche, de sorte que lorsque son petit sac se trouvait enfin vide, cela signifiait pour elle que la tournée était bel et bien terminée !

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Cérémonial de la nuit de noce et la h'dwa ou départ de la mariée

Le samedi soir, on emmenait la jeune épousée vers le domicile conjugal dans « la derbouka », sorte de palanquin flanqué de part et d'autre de paravents en moucharabieh qui devaient protéger la mariée des regards indiscrets. Les quatre coins de cette chaise à porteur étaient ornés de grosses bougies qui dégageaient, en brûlant, un parfum de musc et d'ambre.

L'arrivée de la mariée :
Portant pour la circonstance une épée et vêtu d'un burnous, il était du devoir du doyen de la belle famille d'envelopper, au moment où elle franchissait le pas de sa nouvelle demeure, la belle fille d'un pan de son large vêtement, la mettant symboliquement sous sa protection et présidant de la sorte à ses premiers pas dans la maison conjugale.
Au moment où la mariée faisait son entrée, Parfums d'encens, de batoul et de fassoukh, substances traditionnellement utilisées pour contrer le mauvais oil, se répandaient dans la maison. Elle y était accueillie par le chour chaleureux des femmes qui chantaient :
« Ouvre grand ta porte ô mère du marié.».
On guidait et on installait la mariée ; la belle mère lui plaçait aussitôt sur les genoux un plateau dans lequel se trouvaient  une galette de pain maison* toute ronde et joliment décorée, un petit bouquet de persil, une bonne poignée de dattes fraîches ou du sucre et une clef, dite mâle, parce que ayant un bord non découpé. Par terre, on déposait une kérouana* dans laquelle on pouvait voir une serviette de toilette et un m'rache* ; puis, comme le voulait la coutume, la mariée mettait son pied droit dans cette petite bassine qu'on aspergeait de fleur d'oranger avant de l'éponger délicatement.
Toujours recouverte de son haïk*, on installait la mariée. Elle devait avoir sur les genoux un miroir, les mains posées bien à plat sur les cuisses et les yeux obstinément fixés sur la glace, attendant ainsi, des heures durant, l'arrivée du marié. Isolée dans sa tour de soie blanche,*la mariée se morfondait alors qu'autour d'elle la fête battait son plein.

Le repas de noces :
On présentait aux parentes de la mariée un somptueux repas composé du classique djéri, d'une kefta et du fameux chbeh'safra, petits triangles de pâte d'amande suivi de tlitli*. Mais on avait pris la précaution, au préalable, de faire prendre aux convives une collation chez la mariée afin que, rassasiés, ils puissent faire « bonne figure » en ne goûtant que du bout des lèvres le riche festin. Devant l'abstinence de ses invitées, la mère du marié était dans l'obligation de se répandre en invitations :
« Mangez au nom d'allah ! Mangez si vous aimez le prophète !» suppliait-elle ; et les femmes, précieuses, devaient répondre : « Nous l'aimons et nous le glorifions ! »
Puis, en montrant du doigt les mets servis, elles enchaînaient : « Notre âme nous en rendra compte devant Dieu ! »
Il convient de rappeler que, jadis, il était indécent de manger à sa faim chez les étrangers. Même la mariée devait longtemps éviter de se restaurer en la présence de son mari et surtout de son beau père.

Après le repas de noce :
Après le repas, un orchestre féminin chantait les louanges en l'honneur de la mariée ; à la suite de cette "tha'lila"*, elle devait regagner, accompagnée de you you, sa chambre nuptiale. Là, elle y attendait son mari que souvent elle rencontrait pour la première fois.
Pour les amis du marié,  on servait le même menu mais en y ajoutant des hors d'ouvre qui, éventuellement, pouvaient servir de « kémia »*. Ces jeunes gens, souvent fêtards, égayés par un orchestre de malouf, prolongeaient leur repas tard dans la nuit, imposant ainsi leur présence au nouveau marié qui piaffait d'impatience. Pour son entrée dans la chambre nuptiale, lui aussi, avait droit à la "tha'lila" mais, seules deux des plus anciennes joueuses de tambourins de l'orchestre l'accompagnaient, en chantant, jusqu'à la chambre conjugale.
Mais, paradoxalement, ce soir-là, la mère de la mariée n'accompagnait pas sa fille et elle ne devait se rendre auprès d'elle que le lendemain pour lui apporter sa sabaha*.

m'rache* c'est un ustensile en cuivre ou verre dans lequel on enferme l'eau de fleur d'orange amère..A constantie on boit le café sans sucre et parfumé à l'eau de fleur de bigaradier
tlitli*. langue d'oiseau roulé main
sabaha*. le lendemain des noces.

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