Revue de presse

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La presse algérienne a également rendu hommage à Najia Abeer. Je vous propose quelques articles parus après son décès.


El Moudjahid, 23 octobre 2005

Décès de l'écrivaine Najia Abeer
Emouvantes funérailles à Constantine

L'écrivaine Najia Abeer (Benzegouta de son vrai  nom), décédée samedi à Alger, a été  accompagnée hier à sa dernière demeure  au cimetière central de Constantine, dans une ambiance d'intime recueillement.        
Aux côtés des membres de sa famille et d'amis, on remarquait la présence  de quelques noms du champs culturel de la ville, bouleversés par ce départ  prématuré et soudain de ce nom de la littérature algérienne au moment même où  il commençait à émerger, accrochant l'attention des lecteurs.         
Peu connue dans sa ville natale à laquelle elle voue pourtant un amour  profond au point d'en faire le point nodal de son ouvre littéraire, le décès de Najia Abeer semble être une renaissance pour elle.          
Ils sont nombreux à Constantine à découvrir à l'occasion de ce triste événement que cette écrivaine est en fait la fille de Maamar Benzegouta, un Constantinois  célèbre pour ses chroniques sur l'histoire de la ville.         
Rongé par la maladie et l'âge, le père recevait les condoléances, au cours des funérailles auxquelles il a tenu à assister même en étant pratiquement porté à bout de bras.
Un ami de la défunte se souvient qu'elle est venue il y a quelques mois à Constantine où elle a fait des repérages et pris des photos de la vieille  ville, pour un travail de mémoire sans doute.         
Najia Abeer est née il y à 57 ans à Constantine, une ville à laquelle  elle portait un amour infini qui empli ses ouvres. Romancière, poétesse, critique  littéraire, universitaire, Najia Abeer a achevé des études aux USA, pour aller  enseigner au Moyen-Orient avant de s'installer à Alger où elle enseigne l'anglais dans un lycée de Rouiba.          
Le dernier des trois romans publiés par la défunte, porte le nom évocateur de Bab El Kantara le quartier de Constantine qui l'a vu naître et grandir.  On lui connaît deux autres romans intitulés, "Constantine et les moineaux de  la murette" et "l'Albatros".


Le Jeune Indépendant, 23 octobre 2005

Une grande perte pour la culture

L'écrivain Najia Abeer , de son vrai nom Benzegouta Najia, est décédée ce vendredi à l'hôpital Mustapha, à l'âge de 57 ans. Née en 1948 à Constantine, Benzegouta Najia a fait des études universitaires aux Etats-Unis. Elle a enseigné l'anglais au Moyen-Orient et en Algérie.
Elle a publié trois romans : Constantine et les moineaux de la murette paru aux éditions Barzakh, l'Albatros à Marsa éditions et Bab El-Kantara qui vient de paraître aux éditions APIC. Même si elle est venue tard à l'écriture, Najia Abeer a voulu tout donner durant ces quatre dernières années de sa vie en redoublant d'effort dans ses activités culturelles et, également, artistiques, car Najia Abeer également peintre.
Dans l'Albatros , elle relate l'histoire de deux femmes qui se battent chacune à sa manière pour l'existence. Arrêts sur images, souvenirs d'amies présentes ou déjà envolées, une petite ville non loin d'Alger avec son air marin, ses hommes de la terre et de la mer, ses sites historiques et ses résidences secondaires qui retrouvent leurs propriétaires chaque été.
Dans la vie quotidienne, elle était de ces femmes battantes, révoltées ou tout simplement de celles qui ont le courage et la volonté de briser certains tabous. Elle rend aussi un hommage à son amie qu'elle surnomme dans le roman Bariza, qui a choisi le métier de pêcheur pour nourrir ses enfants, métier jusque-là uniquement pratiqué par la gente masculine.
Elle a décrit cette femme exemplaire qui a bravé vents et vagues, alors que les misogynes ont mis du temps à l'accepter, d'autant qu'elle était belle. Il y a aussi Chérifa qui acceptait n'importe quel travail pour nourrir ses huit enfants et son mari atteint d'une maladie chronique.
Les personnages ont vingt ans, trente ans ou plus ; alors on vieillit, on fuit, on abdique ou on pleure dans ce monde sauvage. Dans ses écrits, Najia Abeer développe l'éternel mal du siècle et joue avec habileté de son talent. Elle raconte la condition de la femme en Algérie avec des personnages qui luttent contre la dépression et la mort, mais qui ont aussi des coups de folie et des coups de cour.
Le professeur Max Véga-Ritter disait de son roman : «L'albatros est plus que le roman d'une femme. Il est celui d'une crise de société, intellectuelle, aussi bien spirituelle qu'existentielle au centre de laquelle non seulement le témoin mais aussi l'acteur principal est la femme, même si elle y apparaît réduite à la sphère privée. Peut-être, justement, parce qu'elle y a été renvoyée par des forces contraires» . Dans Constantine et les moineaux de la murette, Najia Abeer plonge dans son passé vertigineux pour évoquer sa ville natale, Constantine, qui l'a bercée, mais aussi malmenée de tout l'amour qu'elle lui porte.
Dans ce récit, Najia Abeer invite le lecteur à un voyage à travers cette ville bâtie sur un rocher, agrémentée par ses ponts suspendus, ses ruelles tortueuses, ses souks aux odeurs pimentées et ses murs dont chaque pierre garde un secret, une histoire lointaine.
Dans son dernier livre Bab el-Kantara, Najia Abeer a tenu à rendre hommage aux enseignants à l'école normale de Bab El-Kantara de Constantine, un livre où l'auteur évoque l'importance du mérite et le respect des valeurs humaines. Najia Abeer était un écrivain de talent, elle savait décrire la douleur des gens, le mal du siècle.
Najia Abeer laisse un grand vide dans le monde culturel.

Belkacem Rouache


La Nouvelle République, 24 octobre 2005

Décès de Najia Abeer
Une grande dame des Lettres nous quitte

Najia Abeer n'est plus. Celle qui a signé ces quatre dernières années trois magnifiques romans, s'est éteinte vendredi 21 octobre à l'hôpital Mustapha, à l'âge de 57 ans.
Née à Constantine en 1948, Najia Benzegouta a effectué des études universitaires aux Etats-Unis, avant d'aller enseigner au Moyen-Orient puis en Algérie. Spécialisée en littérature américaine et professeur d'anglais à Alger, elle a publié son premier roman, Constantine ou les oiseaux de la murette aux éditions Barzakh. Il sera suivi de L'Albatros, sorti chez  Marsa éditions et Bab El Kantara qui vient juste de paraître aux éditions APIC.
Arrivée tard à l'écriture, Najia Abeer a, néanmoins, signé des ouvres gorgées d'humanisme, à travers lesquelles elle a tenu à rendre hommage à des femmes battantes et engagées dans leur quotidien, tout comme elle l'était, elle aussi. D'ailleurs, dans l'un de ses romans, elle rend hommage à une amie qu'elle surnomme Bariza, qui pour nourrir ses enfants, opte pour le dur métier de pêcheur. En réalité, Najia Abeer a su mieux que beaucoup d'autres écrivains raconter la condition de la femme algérienne, souvent confrontée à la misogynie masculine. Le professeur Maz Véga-Ritter disait de son roman : «L'Albatros est plus que le roman d'une femme. Il est celui d'une crise de société, intellectuelle, aussi bien spirituelle qu'existentielle au centre de laquelle non seulement le témoin, mais aussi l'acteur principal est la femme, même si elle y apparaît réduite à la sphère privée. Peut-être, justement, parce qu'elle y a été renvoyée par des forces contraires.»
Dans Constantine et les moineaux de la murette, Najia Abeer revient sur les traces de son passer pour revivre, Constantine, cette ville qui l'a vu naître et qui l'a bercée.
Pour ce qui est de son ultime roman, Bab El Kantara, elle rend hommage aux enseignants de l'école normale de Bab El Kantara de Constantine.
Auteur émérite et peintre au talent reconnu, le départ subit de Najia Abeer laisse un grand vide dans le paysage culturel algérien.
Elle a été inhumée hier dans sa cité natale.

Moncef B.


El Watan, 24 octobre 2005

Décès de l'auteur Najia Abeer 
L'ultime envol des moineaux

L'écrivaine Najia Abeer, née Benzegota, également collaboratrice au suppléments Arts et Lettres d'El Watan, nous a quittés. La nouvelle a terrassé ses amis et connaissances. Retraitée de l'enseignement, auteur de trois romans : Constantine et les moineaux de la murette (éd. Barzakh), L'Albatros (éd. Marsa) et Bab El Kantara (éd. Apic).

Najia Abeer (elle tenait à cette orthographie de ses nom et prénom) est née à Constantine en 1948. Après des études universitaires aux Etats-Unis, elle a enseigné au Moyen-Orient et en Algérie. Spécialisée en littérature américaine, Najia a été professeur d'Anglais à Alger. Attachée à la littérature et à la vie, elle condensait ses passions sur Constantine, notamment à travers son engagement au CRI de Constantine, le Club de réflexion et d'initiative, préoccupé par la sauvegarde de la vieille ville, de la souika, médina-métabolisme de l'antique Cirta. Constantine, où elle sera inhumé aujourd'hui : « Sillonne mon sourire dans le creux d'un rire / En offrande argentée / Pour ce pan de mur / Mille baisers /Mille bras embrassés. » (Poème de Najia Abeer). Najia était un sourire. Une voix qu'on reconnaît tout de suite. Une invitation à prendre un café et parler. Parler. Elle manquera à tous. Elle nous manque. Ciao l'artiste !

Adlène Meddi


Liberté Algérie, 24 octobre 2004

Décès de l'auteur Najia Abeer
Le moineau s'est envolé

Partie trop tôt, à un âge où la vie ne peut être encore que promesses. Najia Abeer, qui venait à peine d'entamer une carrière d'écrivain en nous léguant trois beaux romans écrits dans cette langue du cour , a su transmettre ses émotions et ses rêves à ses lecteurs. Le cour de Najia Abeer saturé a lâché, nous privant ainsi d'une plume prometteuse et talentueuse dont notre littérature est avide. Mais l'ouvre de Najia, Constantine ou les moineaux de la murette, L'Albatros  et le tout dernier né en septembre 2005 Bab El-Kantara, constante par sa qualité, a enrichie notre littérature qui ne peut plus compter sans elle.  Najia Abeer avait présenté il y a quelques jours seulement son dernier livre au Salon International du livre d'Alger avec cette verve et cette passion qui lui sont connues quand elle évoque ses souvenirs, l'écriture et Constantine ; cette ville, lumière de son cour, à qui elle a consacré l'essentiel de ses ouvrages. Najia Abeer, de son vrai nom Benzegouta Najia, est née en 1948 à Constantine. Après des études universitaires aux États-Unis, elle a enseigné au Moyen-Orient et en Algérie. Spécialisée en littérature américaine, professeur d'Anglais à Alger. Femme combattante, avide de vie et d'écriture, connue pour ses prises de tête, il sera difficile de parler d'elle au passé.

Nassira Belloula


L'Expression, 24 octobre 2005

DÉCÈS DE L'ÉCRIVAINE NAJIA ABEER
Constantine perd son Albatros...

L'auteur Najia Abeer est décédée hier quittant le monde de l'écriture et de la littérature à tout jamais.

Née à Constantine en 1948, après des études universitaires aux Etats-Unis, elle enseignera au Moyen-Orient et en Algérie. Spécialisée en littérature américaine, elle fut professeur d'anglais jusqu'à la retraite, il y a quelques années.
Son premier roman sorti en 2003 aux Editions Barzakh est intitulé : Constantine et les moineaux de la murette. Dans ce livre Najia évoque l'histoire déchirante d'une communauté de femmes et d'un pays aussi.
Dans une petite ville non loin d'Alger, Nedjma mène une lutte acharnée contre la dépression et la mort, pendant que Haoua se fait prendre dans la toile islamiste en train de se tisser. Deux femmes, deux destins, deux chemins qui se croisent pour mieux se séparer.
La femme toujours au coeur de ses romans, récidivera dans son deuxième roman l'Albatros sorti aux Editions Marsa. Plus que le roman d'une femme, il est celui d'une crise de société, intellectuelle, mais aussi bien spirituelle qu'existentielle au centre de laquelle, non seulement le témoin, mais aussi l'acteur principal est sans doute la femme, même si elle y apparaît comme réduite à la sphère privée. Peut-être justement parce qu'elle y a été renvoyée par des forces contraires. Avec tout cela, l'Albatros de Najia Abeer est un roman merveilleux de fantaisie, d'humour, de délicatesse, de pudeur et de truculence tout à la fois, a souligné Max Véga Ritter, professeur émérite à Clermont Ferrand. Son dernier roman sorti aux Editions Apic est intitulé Bab El Kantara. Plus qu'attachée à sa ville natale, Constantine, Najia Abeer vouait pour elle une passion incommensurable notamment à la Souika, médina, dont la dégradation de ses bâtisses ne cesse d'avancer. Elle s'engagera ainsi auprès du CRI de Constantine, un club de réflexion et d'initiatives créé en 2002 pour sauver les remparts de sa mémoire de l'oubli, de l'effondrement, pour se souvenir et faire parler son enfance, dans ces quartiers ancestraux, ces maisons symboles d'authenticité. « Depuis cette ruée vers l'espace, les anciens quartiers européens du centre-ville furent assimilés par les plus vieux, les bourgs sont devenus faubourgs et ces derniers sont devenus cités », écrit Najia Abeer. Sublimé presque, pour l'auteur, la chute vertigineuse de sa ville qui se délabre jour après jour est le symbole de la déchéance de l'Algérie qui perd ses repères. « Constantine tu me fais souffrir, est-ce que tu le sais? », avoue-t-elle. Pour elle, Constantine, ce sont aussi ces moments de douceur et de villégiature dans cet espace libre, d'antan rempli de « sensations et des odeurs qui se dégagent des ruelles et des souika ». Elle a été inhumée hier à Constantine.

O. HIND


Le Quotidien d'Oran, 24 octobre 2005 (format pdf)


Le Soir d'Algérie, 25 octobre 2005

DISPARITION DE NAJIA ABEER
La littérature algérienne en deuil

Najia Abeer a cessé d'errer de Constantine à New York en passant par tous les pays du monde qui ont vu son talent s'étendre hors des frontières de la littérature algérienne. Cette enfant du pays et de la ville des Ponts suspendus a laissé ses mots, son verbe conjugué au temps les plus reculés de Souikha cette femme volontaire et engagée pour la sauvegarde de la mémoire du patrimoine national s'en est allée. Brusquement, sans crier gare, elle s'est détendue dans un sommeil éternel.
Constantine pleure, le monde littéraire pleure, les mots sont endeuillés. Constantine est aussi le titre de son premier livre. Un itinéraire dans l'intimité de son auteur et aussi un récit de vie ! Najia Abeer n'est plus, mais ses traces sont inscrites sur les lignes des livres et des ouvrages qu'elle a amoureusement composés. Que de maux pour cette auteure en quête de racines et d'identité. Mémoire du temps, instrument de lecture et délices de culture, pour la connaître il suffira de la lire ou de la relire. A travers son parcours, c'est toute la volonté de la femme algérienne qui s'exprime. Sortir des carcans emprisonnant la femme algérienne dans une prison à peine voilée. Najia Abeer, elle, a survolé les ponts suspendus ; elle a voyagé sans visa dans les racines du temps ; elle a conquis des publics hétéroclites et souvent sceptiques par rapport à ses traditions. Najia Abeer a su convaincre ses lecteurs de l'importance des traditions et la conservation du passé tel quel. Triste nouvelle que celle du départ précipité de ce professeur d'anglais. Najia Abeer enseignait la langue de Shakespeare à l'université d'Alger. Née en 1948 à Souikha, Najia Abeer a publié L'Albatros - éditions Marsa 2004, et Bab-El-Kantara, éditions Apic 2005.
Sam H.


El Watan, 25 octobre 2005

Hommage

« Embrasse les vagues pour moi et demande-leur de ne pas se laisser mourir »
Najia Abeer, Bab El Kantara, sept. 2005

Pour celui qui a rencontré Najia Abeer au dernier Salon international du livre d'Alger, il vous dira qu'elle lui a parlé, et avec passion, de tous ce qui lui tient à cour, un beau livre, un recueil de poésie, avoir du temps pour se consacrer à son écriture, sa peinture... Et aussi un voyage pour se ressourcer ... mais il sera incapable de vous dire dire le nombre de parenthèses qu'elle a su ouvrir, avec beaucoup de finesse, pour lui conter une histoire de sa Constantine. Pour celui qui a rencontré Najia Abeer, pas plus tard que la semaine dernière, il vous dira que sa fougue pour la vie, tel un vent qui fait claquer une porte en plein air, se heurte à la nouvelle de son décès. Pour celui qui a un projet de beau livre inspiré par ces belles rencontres, la page consacrée à toi, Najia, sera la plus dure à faire. Une plume s'en va, à peine consumée. Fraîchement accueillie, sur ces rivages perdus, mûre et féconde, trois vies sont nées. Les Moineaux chantent, L'Albatros s'envole et Bab El Kantara bat ses portes, au rythme de ton silence. Celui de ta nouvelle vie.

Samia Zenadi et Karim Chikh, Les éditions APIC


Infosoir, 25 octobre 2005

Décès de Najia Abeer
L'«Albatros» décline ses ailes

L'écrivain Najia Abeer (Benzegouta de son vrai nom), nous a quittés trop tôt, à un âge où la vie ne peut être encore que promesse. Décédée samedi à Alger, elle a été accompagnée, dimanche, à sa dernière demeure au cimetière central de Constantine, dans une ambiance d'intime recueillement. Aux côtés des membres de sa famille et d'amis, on remarquait la présence de quelques noms du champ culturel de la ville, très bouleversés par ce départ prématuré et soudain de ce nom de la littérature algérienne au moment même où il commençait à émerger, accrochant l'attention des lecteurs. Peu connue dans sa ville natale à laquelle elle vouait pourtant un amour profond au point d'en faire le point nodal de son ouvre littéraire, le décès de Najia Abeer semble être une deuxième naissance avec sa mort. Ils sont nombreux à Constantine à découvrir à l'occasion de ce triste événement que cet écrivain est en fait la fille de Maamar Benzegouta, un Constantinois célèbre pour ses chroniques sur l'histoire de la ville. Un ami de la défunte se souvient qu'elle était venue, il y a de cela quelques mois à Constantine, où elle avait fait des repères et pris des photos de la vieille ville, pour un travail de mémoire sans doute. Najia Abeer est née il y a 57 ans à Constantine. Romancière, poétesse, critique littéraire, universitaire, Najia Abeer a achevé ses études aux USA, pour aller enseigner au Moyen-Orient avant de s'installer à Alger où elle enseignait l'anglais dans un lycée de Rouiba. Le dernier des trois romans publiés par la défunte, porte le nom évocateur de Bab El-Kantara (édi. Apic), le quartier de Constantine qui l'a vu naître et grandir. On lui connaît deux autres romans intitulés Constantine et les moineaux de la murette (édi. Barzakh) et Albatros (édi. Marsa).

R. C. / APS


Liberté Algérie, 26 octobre 2005

NADJIA ABEER
Juste un hommage

Les volutes tracées par sa plume resteront à jamais gravées dans la mémoire de la littérature algérienne... même si cette plume s'est asséchée prématurément. À cet instant, dans le ciel une jeune étoile est née. Son éclat sourdra longtemps, éternellement. Nadjia et moi étions assis à la même table pour signer nos romans, il y a quelques jours seulement au Salon international du livre d'Alger. Entre deux dédicaces ou deux boutades échangées, elle me racontait ses deux passions : Constantine, sa ville natale, et l'écriture. Cette romancière avait réussi à les fusionner pour nous transmettre trois émouvants et admirables romans : Constantine ou les moineaux de la murette, L'Albatros et le tout dernier sorti en septembre 2005 Bab El-Kantara. Des ouvres qui témoigneront de ses rêves, ses émotions et son amour pour ses racines. Nadjia, merci pour ces moments partagés. Ils furent pour moi un plaisir et un privilège.
Au revoir Abeer.

Djamel Mati, écrivain


El Watan, 27 octobre 2005

Najia Abeer, racines et identité 
La littérature et la nostalgie

Najia Abeer n'est plus. Une nouvelle bouleversante qui répand la consternation en ce début de semaine chez tous ceux qui l'avaient connue. C'était le cas au sein de ce supplément où ses contributions amicales étaient les bienvenues. Najia Abeer ne se posait pas en critique littéraire, mais, dans ses interventions, elle s'attachait à faire aimer la littérature.

Voilà la grand mot lancé : il articulait - depuis quelques années - la vie et la pensée de Najia Abeer. Elle était une lectrice exigeante, sévère parfois, et cela venait certainement de sa carrière d'enseignante. Najia Abeer n'était venue que tardivement à l'écriture, et il avait fallu qu'elle soit - paradoxe algérien - une encore jeune retraitée de l'éducation nationale. L'école comptait pourtant beaucoup pour elle et elle avait toujours été liée à cet univers de l'apprentissage du savoir. Née à Constantine au sein de la famille Benzegota, qui comptait de nombreux lettrés, à l'image de Si Maâmar Benzegota figure emblématique de l'érudition constantinoise et père de la romancière disparue, Najia gardait un souvenir émerveillé et ému de la Nouvelle Ecole, à Sidi Mabrouk inférieur, et elle citait avec respect les noms des enseignants constantinois emblématiques que furent MM. Ali Djeridi, Hammoudi ou Salah Mars. Najia Abeer aimait ainsi à évoquer la fin des années 1950 et l'émergence de ces jeunes algériens qui, comme elle, seraient l'élite dont le pays indépendant aurait besoin. Elle avait compris que l'enseignement était sa vocation et c'est presque naturellement qu'elle figurera parmi les premières promotions de normaliennes formées par l'Algérie. C'est de cette séquence, dont Najia Abeer a su se souvenir dans Bab El Kantara, récit fortement autobiographique dans lequel l'auteur revient sur ses années constantinoises comme pour désigner le lien indicible qui continuait de la raccorder à sa ville. Bab El Kantara continue d'une certaine manière le tout premier ouvrage de Najia Abeer, Constantine, les moineaux de la murette. L'Albatros, qui joue plus radicalement le parti pris fictionnel, et le souffle romanesque, est bien sûr différent, mais il n'en est pas moins autobiographique. Ce dont témoigne l'ouvre d'ensemble de Najia Abeer, c'est d'abord de cette quête essentielle de l'origine, le questionnement des années fondatrices de l'initiation au savoir et à la vie. On comprend les premiers textes comme une immersion dans le bain des origines et la prégnance des racines constantinoises. La démarche était originale car Najia Abeer s'était éloignée, sous la pression des circonstances de la vie, de sa ville natale. Elle avait voyagé dans le monde, vécu et travaillé aux Etats-Unis et au Moyen-Orient. Constantine s'est imposée à elle comme un incontournable retour aux sources. Et c'est ce qui fait que cette quête de l'écrivain parvenu à maturité est empreinte de nostalgie. Najia Abeer déroule, comme dans un conte à la résonance magique, la trame d'un passé dont il faut comprendre les leçons. Ce passé, tout comme Constantine, était devenu un thème récurrent dans les ouvrages de Najia Abeer. Mais évoquer le passé ne signifie pas une dérive passéiste. Najia Abeer regardait le présent de la ville pour observer que Constantine n'était plus ce qu'elle était et qu'il serait difficile de restituer les bruits, les senteurs épicées de Sidi Bou Annaba, ou de Zanqat Bou M'kiess où le soleil n'entre que par interstices. Najia Abeer était animée, dans ses textes et dans sa vie, par ce désir de communier avec Constantine. Elle s'inscrivait en cela dans l'esprit philosophique de Malek Haddad, autre enfant illustre de Constantine, lorsqu'il écrivait son magnifique poème Une clé pour ma ville. Le temps aura manqué à Najia Abeer pour aller au bout de son projet littéraire, cette ambition généreuse et lucide de se dire en déclinant les couleurs et les contours de sa ville. Najia Abeer s'était engagée dans ce combat de la mémoire en sachant qu'il valait d'être mené. Mais ce ne pouvait pas être un combat solitaire - mais bien plutôt solidaire - et cela explique l'insertion active de Najia Abeer dans bien des enjeux de la société civile. Il ne pouvait en être autrement pour cette forte personnalité qui mettait un point d'honneur à tenir tête et elle ne laissa jamais rien transparaître de ses difficultés, par pudeur, par sens rivé au corps de la dignité. C'est une amie, un auteur dont la littérature pouvait tirer le meilleur parti qui s'en est allée. On ne peut pourtant pas l'oublier.

Djamel Eddine Merdaci


Supplément "Culture" dans El Acil du 16 novembre 2005 (format pdf)


L'Expression, 17 novembre 2005

Hommage à Najia Abeer
L'Albatros de Constantine

C'est avec émotion que les proches de Najia dont son ancienne professeur de sciences naturelles qui était aussi sa répétitrice de piano à l'Ecole normale de Constantine, s'est souvenue d'elle.

C'est en présence de ses proches et amis et notamment son fils cadet, des ex- ministres de la Culture, Liamine Bechichi et Ammour Maheddine qu'une rencontre organisée à la Bibliothèque nationale d'El Hamma, s'est tenue mardi dernier en hommage à l'écrivaine Najia Abeer décédée au mois de Ramadan dernier.
Présidant la cérémonie, Amine Zaoui, auteur de plusieurs ouvrages et actuel directeur de la BNA, a dans son allocution d'ouverture mis l'accent sur la grande érudition qui caractérisait Najia Abeer, évoquant ses nombreuses activités en tant que femme intellectuelle et son apport pour la société ici et à l'étranger, tout en souhaitant voir un jour l'ensemble de ses nouvelles réunies et publiées dans un recueil pour une meilleure connaissance de cet auteur qui, dira-t-il, «a été souvent l'hôte de la BNA» .
Autre écrivain qui l'a côtoyée, cette fois-ci à l'Ecole normale supérieure où elle a étudié à Constantine à l'indépendance, est Fatiha Nesrine, qui confiera en substance: «Nous sommes plusieurs à devenir écrivains mais seule Najia a fait de sa vie un roman» . La pédagogue s'attellera par la suite à nous faire découvrir qui était Najia Abeer suivant trois pistes qui ont traversé sa vie comme son oeuvre.
Le premier point est lié au profil pluridisciplinaire de Najia à son adolescence. Touche-à-tout, nous apprend-on, «elle était pianiste, faisait de la peinture, quand il s'agissait de monter des spectacles, le 1er rôle lui revenait, raflait des prix en sport. L'adulte qu'elle est devenue n'a pas changé. En écriture, elle a publié trois romans en ne pouvant s'empêcher de toucher aux autres genres. Elle était en perpétuelle construction de projets.
Elle restait une femme de défi, d'action. C'était une battante, une bâtisseuse» L'autre point abordé par Fatiha Nesrine aura pour ancrage la confrontation de Najia Abeer avec la souffrance, qu'elle placera sous le signe de «la blessure initiale» . Celle-ci se distingue dans ses romans, notamment à travers l'absence de sa mère. «Cette descente aux abysses est plus discernable dans l'Albatros» , affirme Fatiha Nesrine.
Le troisième point développé par cette dernière touche à la «conscience aiguë de la liberté» par Najia Abeer qui se traduit selon elle par la description justement du rétrécissement de cette liberté au cours de sa vie que l'écrivaine apprendra à aimer grâce à Constantine qui lui permettra paradoxalement de s'affirmer.
Ecrivain et critique littéraire, Rachid Mokhtari fera pour sa part une analyse «technique» de l'écriture de Najia Abeer faisant remarquer que celle-ci est née à l'écriture à un moment où la littérature algérienne changeait de perception, c'est-à-dire dans les années 2000 rompant avec cette décennie où la littérature mettait de côté ce qui relevait de l'esthétique. Chez elle, dit-il, «l'esthétique l'emportait sur les préoccupations thématiques tout en étant en quête d'un sens. Ses romans ne sont pas éclatés. Cela suppose l'existence d'un projet d'écriture» .
Pour Rachid Mokhtari, revisiter son «enfance perdue» , «sa ville affective» , «son adolescence à Bab El Kantara» ou encore toute la ville intellectuelle de ces normaliennes témoigne d'une «évolution de son écriture à travers un environnement mi-fonctionnel, mi-autobiographique» et d'indiquer: «Najia Abeer, c'est Jules Vallès au féminin. Elle pénètre l'espace avec le temps de l'écriture du passé sans déborder sur le présent. Ce n'est pas une oeuvre passéiste. Elle est simple, linéaire. Elle se ressource pour donner un sens à une écriture» .
Najia Abeer, née Benzeggouta un 16 septembre 1948 à Constantine, disparue récemment, a laissé trois romans: Constantine et les moineaux de la murette (Editions Barzakh), L'Albatros (Editions Marsa) et Bab El Kantara (Editions Apic) et autant de nouvelles. Najia Abeer a été professeur d'anglais à Alger mais aussi professeur de français au National Orthodoxe Collège à Amman. Son séjour aux Etats-Unis où elle étudia le français à Columbia University du Missouri, s'est soldé aussi par un certifiat d'aide-infirmière à Adult Department à l'université de Columbia.
C'est dire la générosité de cette dame, sa grande soif de liberté et de connaissances...

O. HIND


El Moudjahid, 17 novembre 2005

Rencontre littéraire en hommage à la romancière Nadjia Abeer

La Bibliothèque nationale (BN) a organisé mardi dernier une rencontre littéraire en hommage à l'écrivain Nadjia Abeer, décédée le 22 octobre 2005.
C'est dans une ambiance particulière que la BN a abrité cette rencontre littéraire consacrée à la regrettée Nadjia Abeer, cette native de Constantine au parcours riche et varié qui a su allier plusieurs talents artistiques en parallèle à son métier d'enseignante des langues anglaise et française. Ce métier lui a valu plusieurs voyages en Orient et en Occident (Jordanie et Etats-Unis) et d'être ainsi au contact de deux civilisations différentes.
A travers cette rencontre, la BN a voulu rendre hommage à la diplômée de l'ENS, l'écrivain qui s'est illustrée sur la scène littéraire au début du troisième millénaire, mais aussi à la journaliste et à la femme qui était mue par un grand humanisme et qui était éprise de liberté.
A cette occasion, la bibliothèque nationale a reçu l'écrivain Fatiha Nesrine, cette amoureuse de l'écriture et native elle aussi de Constantine et Rachid Mokhtari, écrivain et critique, qui ont tous deux longuement évoqué le parcours et style qui caractérise les ouvrages de la regrettée Nadjia Abeer.
Fatiha Nesrine a mis en exergue les multiples talents de la regrettée Nadjia Abeer qui était, selon l'intervenante, une artiste à part entière et ce, a-t-elle dit, depuis sa plus tendre enfance lorsqu'elle jouait du piano et faisait du dessin jusqu'à ses études à l'ENS.
Dans sa présentation, Fatiha Nesrine a mis en relief l'esprit de persévérance dont faisait montre la regrettée et grâce auquel elle a pu réaliser trois ouvrages en l'espace de trois ans, bien qu'ayant embrassé la carrière littéraire relativement tard.
S'agissant des écrits de Nadjia Abeer, Fatiha Nesrine dira qu'ils sont empreints de souvenirs d'enfance et de particularités de la ville séculaire de Constantine, notamment ses ouvrages "Constantine et les moineaux de la murette" et "L'Albatros" à travers lequel elle a évoqué les jours noirs que l'Algérie a traversés. Lors de son intervention, Rachid Mokhtari classera les écrits de Nadjia Abeer dans la nouvelle tendance qui a suivi "la littérature de l'urgence". Cette dernière accorde un intérêt particulier aux aspects subjectifs et esthétiques, a-t-il précisé estimant que les trois ouvres de Nadjia Abeer constituent une trilogie biographique.
Née en 1948 à Constantine, Nadjia Abeer est la fille de Mouamar Bouzeggouta connu pour sa passion à l'histoire de Constantine. Elle a poursuivi ses études universitaires aux Etats-Unis et enseigné au Moyen-Orient avant de s'installer à Alger où elle a enseigné la langue anglaise à l'université. En cours de traduction vers l'italien et l'anglais, son premier roman intitulé "Constantine et les moineaux de la murette" a été publié en 2003. "L'Albatros", quant à lui a été publié en 2004.


La Nouvelle République, 17 novembre 2005

Bibliothèque Nationale d'Algérie : hommage à Najia Abeer
La «Jules Vallès» au féminin

Outre le fils de la défunte, présent dans la salle, des amis ou tout simplement des admirateurs de Najia Abeer ont également fait le déplacement.
Après Amin Zaoui, directeur de la BN qui fera part de son admiration pour Najia Abeer en tant que personne et en tant qu'intellectuelle, l'écrivain et pédagogue, Fatiha Nesrine prendra à son tour la parole pour apporter un témoignage vivant de ces années où elle connut Najia, au lendemain de l'indépendance, alors qu'elles étaient toutes deux pensionnaires de l'Ecole Normale de Constantine. «Najia était une artiste accomplie et pluridisciplinaire. A l'époque déjà, elle était pianiste et peintre. Elle avait également des aptitudes théâtrales et décrochait les premiers prix lors de compétitions sportives. C'était une touche à tout. L'adulte qu'elle était devenue n'avait pas changé.», dira-t-elle, ajoutant que c'était une «femme d'action, une battante, une bâtisseuse».
La conférencière mettra, par ailleurs, l'accent sur la confrontation de Najia Abeer avec la souffrance, cette même souffrance qui traverse tous ses ouvrages. Evoquant l'absence de la mère de Najia et les conséquences sur la vie de sa fille, Fatiha Nesrine dira que cette mère «n'est jamais devenue un personnage de ses romans, même si elle ne cessait de lui parler, de l'interpeller, de la pleurer, de la regretter à travers ses romans». Puis, elle relèvera l'esprit libre qui caractérisait Najia Abeer et qui était traduit dans toute son ouvre, précisant que cette dernière disait souvent devoir «cet amour de la liberté à Constantine». De son côté, le journaliste et écrivain Rachid Mokhtari s'attardera sur l'écriture de Najia Abeer qu'il dira être née à l'écriture à un moment où la littérature algérienne changeait de perception. «Entre 1990 et 2000, il y a eu un ras de marée de témoignages sur la tragédie intégriste. L'esthétique a donc été mise de côté car l'urgence de témoigner l'emportait sur le long travail fictionnel. Najia est née à ce moment de rupture où les préoccupations d'ordre esthétique l'emportaient sur les préoccupations thématiques».
Auteur de trois et uniques romans, publiés entre 2003 et 2005, l'orateur indiquera que ces trois publications de Najia n'étaient pas éclatées mais elles constituaient plutôt une trilogie autobiographique.
D'abord Constantine et les moineaux de la murette, paru chez Barzakh. «A travers ce premier roman, Najia Abeer renvoie à l'enfance. Elle revient à la ville de son enfance, ville affective et non pas effective», expliquera Rachid Mokhtari, «alors que dans Bab El Kantara, elle revisite son adolescence. Elle ouvre les portes de l'Ecole Normale et elle nous fait revivre les premières années de l'Algérie indépendante», intégrant à la fois sa vie et la vie intellectuelle au sein de l'institution pédagogique.
Puis, arrive L'Albatros, second roman publié par l'auteur mais évoquant, lui, le monde adulte.
Selon l'orateur, Najia Abeer «reste dans le phénomène de l'envol avec la symbolique des oiseaux. C'est un texte froid où il y a deux personnes féminins adultes confrontés au réel socio-politique des années 1990, absent des deux autres romans». En fait, il ira même jusqu'à la comparer à une sorte de Jules Vallès au féminin, signalant le fait qu'«elle pénètre l'espace du passé sans utiliser une forme de nostalgie ni la forme du passé». Bien que la chronologie éditoriale n'obéisse pas à une chronologie thématique, Rachid Mokhtari dira que l'ouvre de Najia Abeer est une ouvre construite dont l'écriture est loin d'être passeïste.
Née en mars 1948 à Constantine, Najia Abeer de son vrai nom Benzegouta a intégré l'Ecole Normale de Constantine en 1965. Elle en ressortira en 1969 pour s'envoler vers les Etats-Unis où elle enseignera l'anglais. En 1973, elle ira, ensuite, vivre à Ammam, en Jordanie où elle enseignera le français.
De retour en Algérie, elle intégrera l'Ecole Normale Supérieure d'Alger où elle donnera des cours de littérature américaine. Retraitée en 2002, elle se lancera dans l'écriture romanesque, publiant un roman par an. En parallèle, elle écrira des nouvelles et collaborera avec certains journaux de la presse algérienne.
Son départ précipité laisse une ouvre inachevée.

Hassina A.


Le Jeune Indépendant, 17 novembre 2005

Hommage à Najia Abeer à la Bibliothèque nationale d'El-Hamma
Douleur des gens, mal du siècle


par Belkacem Rouache

Un hommage a été rendu à l'écrivain Najia Abeer, avant-hier à la Bibliothèque nationale d'El-Hamma. Plusieurs personnalités du monde la culture et des arts ainsi que des représentants des éditions Barzakh, Apic et Marsa éditions étaient présents à cette rencontre.
Amine Zaoui, directeur de la Bibliothèque nationale d'El-Hamma et organisateur de ce rendez-vous culturel, a donné un aperçu général sur la vie et l'ouvre de cet écrivain décédé le 22 octobre 2005. Il a souligné que «Najia Abeer, écrivain de talent, a disparu avant d'achever ses ouvres.
La Bibliothèque nationale était un de ses lieux préférés, où elle animait des conférences à chaque parution de ses livres». Il a également souhaité que ses nouvelles et poèmes parus dans la presse soient publiés. La parole a été donnée, ensuite, à Fatiha Nesrine, écrivain et ancienne amie de la défunte avec laquelle elle a étudié à l'Ecole normale de Constantine.
C'est avec une grande nostalgie que cette normalienne parlait de son amie, notamment en lisant son dernier ouvrage, Bab El-Kantara. Une ouvre autobiographique qui lui rappelle son passage dans cette institution qui a formé d'excellents enseignants.
Elle a déclaré : «Comment rendre un hommage à l'amie, à cette artiste pluridisciplinaire, qui aimait la peinture et jouait au piano. C'était une battante, une bâtisseuse, une femme toujours en projet, se lançant des défis. Venue à l'écriture après sa retraite, elle était toujours en confrontation avec la souffrance.» Quant à l'écrivain et critique Rachid Mokhtari, il a fait une analyse critique élogieuse de ses ouvres, de sa trilogie.
«Elle fait partie de ces écrivains des années 2000 dont le travail de l'esthétique et de l'imaginaire l'emporte sur la thématique, comparativement aux écrivains des années 1990 qui ont plutôt accordé de l'importance au thème d'actualité. une écriture de l'urgence».
Rachid Mokhtari a comparé l'écriture de Najia Abeer à celle de Jules Vallès. Najia Abeer, de son vrai nom Benzegouta Najia, est née en 1948 à Constantine. Elle a fait des études universitaires aux Etats-Unis et enseigné l'anglais au Moyen-Orient et en Algérie.
Elle a publié trois romans : Constantine et les moineaux de la murette, paru aux éditions Barzakh, l'Albatros, à Marsa éditions et Bab El-Kantara qui vient de paraître aux éditions APIC. Même si elle est venue tard à l'écriture, Najia Abeer s'est efforcée de tout donner durant les quatre dernières années de sa vie, en redoublant d'efforts dans ses activités culturelles et, également, artistiques, car Najia Abeer était également peintre.
Dans l'Albatros, elle relate l'histoire de deux femmes qui se battent, chacune à sa manière, pour l'existence. Arrêts sur images, souvenirs d'amies présentes ou déjà envolées, une petite ville non loin d'Alger avec son air marin, ses hommes de la terre et de la mer, ses sites historiques et ses résidences secondaires qui retrouvent leurs propriétaires chaque été.
Dans la vie quotidienne, elle était de ces femmes battantes, révoltées ou tout simplement de celles qui ont le courage et la volonté de briser certains tabous. Elle rend aussi un hommage à son amie qu'elle surnomme, dans le roman, Bariza, qui a choisi le métier de pêcheur pour nourrir ses enfants, métier jusque-là uniquement pratiqué par la gente masculine.
Elle a décrit cette femme exemplaire qui a bravé vents et vagues, alors que les misogynes ont mis du temps à l'accepter, d'autant qu'elle était, de surcroît, belle. Il y a aussi Cherifa, celle qui acceptait n'importe quel travail pour nourrir ses huit enfants et son mari atteint d'une maladie chronique.
Les personnages ont vingt, trente ans ou plus ; alors on vieillit, on fuit, on abdique ou on pleure dans ce monde sauvage. Dans ses écrits, Najia Abeer développe l'éternel mal du siècle et joue avec habileté de son talent. Elle raconte la condition de la femme en Algérie avec des personnages qui luttent contre la dépression et la mort, mais qui ont aussi des coups de folie et des coups de cour.
Le professeur Max Véga-Ritter disait de son roman : «L'albatros est plus que le roman d'une femme. Il est celui d'une crise de société, intellectuelle, aussi bien spirituelle qu'existentielle au centre de laquelle non seulement le témoin mais aussi l'acteur principal est la femme, même si elle y apparaît réduite à la sphère privée.
Peut-être, justement, parce qu'elle y a été renvoyée par des forces contraires.» Dans Constantine et les moineaux de la murette, Najia Abeer plonge dans son passé vertigineux pour évoquer sa ville natale, Constantine, qui l'a bercée, mais aussi malmenée de tout l'amour qu'elle lui porte.
Dans ce récit, Najia Abeer invite le lecteur à un voyage à travers cette ville bâtie sur un rocher, agrémentée de ses ponts suspendus, de ses ruelles tortueuses, de ses souks aux odeurs pimentées et de ses murs dont chaque pierre garde un secret, une histoire lointaine.
Dans son dernier livre, Bab El-Kantara, Najia Abeer a tenu à rendre hommage aux enseignants de l'Ecole normale de Bab El-Kantara de Constantine, un livre où l'auteur évoque l'importance du mérite et le respect des valeurs humaines.
Najia Abeer était un écrivain de talent. Elle savait décrire la douleur des gens, le mal du siècle.

B. R.


El Acil, 23 novembre 2005 (format pdf)


La Tribune,18 décembre 2005

A l'initiative des anciennes élèves du lycée El Hourya
Constantine rend hommage à Najia Abeer

Les femmes et les hommes de culture de Constantine auront été nombreux à répondre à l'invitation de l'Association des anciennes élèves du lycée El Hourya qui a pris l'initiative de ce premier hommage public à l'écrivaine Najia Abeer disparue, il y a deux mois à Alger, des suites d'une maladie. C'est en présence des proches de l'écrivaine - notamment de son père Si Maamar Benzegoutta, vieille figure de la famille de l'éducation et ancien président du défunt Conseil consultatif culturel de la wilaya -que s'est tenue la manifestation, parrainée par la Direction de wilaya de la culture et soutenue par d'autres associations comme Aswat quassentina ou les Amis de Constantine. Fille d'enseignant, Najia Benzegoutta Abeer a rejoint, au début des années 1960, la célèbre Ecole normale de jeunes filles, longtemps considérée à Constantine, et à juste titre, comme un pôle d'excellence et comme la voie royale pour la carrière dans l'enseignement. Tournée vers les langues et précisément vers la langue anglaise et la civilisation anglo-saxonne, Najia Abeer poursuivra ses études aux Etats-Unis avant de s'engager dans le métier d'enseignante qui la fera aussi voyager et finalement poser ses bagages du côté de la banlieue d'Alger en passant, entre autres, par le Moyen-Orient. Tard venue à l'écriture, elle se fera connaître par une première ouvre, Les Moineaux de la murette, publiée aux éditions Barzakh, à laquelle succèderont deux autres livres consacrés à la ville de Constantine : l'Albatros et Bab El Kantara qui vient d'être distribué en librairie. Sa première ouvre avait été présentée à l'émission littéraire de Canal Algérie alors que, lors de sa présentation, dans sa propre ville, à la librairie Média Plus, l'écrivaine avait été particulièrement orpheline de public et sans doute frustrée de rater un rendez-vous si plein de sens pour son entreprise littéraire.
Outre la lecture d'une lettre posthume, toute d'affection et d'émotion, adressée par les anciennes du lycée El Hourrya à la mémoire de la défunte, plusieurs amies et proches de Najia Abeer devaient se succéder pour porter témoignage ou lire des extraits de son ouvre. Amine Zaoui, le directeur de la bibliothèque nationale, qui s'est associé à l'hommage, rappellera en particulier les deux passages de l'auteur au «Café littéraire» et le fait que son dernier écrit ait été consacré à la présentation de son dernier roman Haras de femmes. Celle que son père appelait affectueusement «l'exilée» aura finalement effectué un trop brusque et inattendu retour dans la ville qu'elle chérissait tant et il faut savoir gré aux anciennes lycéennes de leur initiative qui montre que Constantine, non plus,  n'oublie pas ses enfants. 

Meriem Merdaci


El Watan, 19 décembre 2005

Constantine-Hommage à l'écrivaine Najia Abeer
Au nom de tous les miens


Najia Abeer était bien là en cette rencontre d'hommage organisée à sa mémoire par ses amies, anciennes élèves du lycée El Houria, le week-end dernier, au théâtre régional de Constantine : « Enfin Constantine/ tu m'as rendu mes amis/mes voisins, ma maison... » Najia Abeer semblait accueillir ses visiteurs par ces vers de son poème Lettre à Constantine.

Elle a choisi de les retrouver, près de deux mois après son départ à l'âge de 57 ans, avec son élégance parfaite, son sourire immortalisé aux lèvres, avec des yeux gais derrière les lunettes d'une normalienne. Immortalisée aussi par ses ouvres, Constantine et les moineaux de la muette, L'albatros et surtout Bab El Kantara, elle laissera parmi les siens un souvenir impérissable d'une femme adulée. Invité à en faire son témoignage d'une auteure qu'il dit avoir la chance de côtoyer, le docteur Amin Zaoui, romancier et directeur de la bibliothèque nationale, décrira une créatrice qu'il n'hésitera pas à classer parmi « l'escadron » des femmes de lettres de la trempe de Taous Amrouche, Assia Djebar, Zhor Ounissi et Ahlem Mostaghanemi. « J'ai connu Najia Abeer à deux reprises lorsqu'elle a été l'invitée du café littéraire de la bibliothèque nationale pour la présentation de ses livres L'albatros et Constantine et les moineaux de la muette », rappellera-t-il, avant d'enchaîner : « J'imagine qu'elle est venue tard à l'écriture, mais l'écriture l'habitait depuis l'enfance. » Issue d'une famille productrice de culture puisqu'elle est la fille de si Maâmar Benzegouta, connu pour ses contributions pour l'écriture de l'histoire de la ville du Vieux Rocher, Najia Abeer a toujours cherché, selon Amin Zaoui, à faire vivre, à travers ses écrits, les problèmes de la femme arabe, partant de ses choses privées vers celles de ses intimes, en excellant dans le style autobiographique au sens collectif. Des lectures de ses ouvrages, ponctuées par des témoignages émouvants, ont montré une femme qui cherchait la délivrance, qui aimait briser le silence, apprivoiser la mort pour rester debout et ne pas se laisser prendre dans un style mêlant l'amour à la dérision. Celle qui aimait décrire sa ville natale dans ses moindres détails en déambulant dans les ruelles de la vieille Souika, « le cour de son cour, le cour de sa ville » qu'elle vénérait et dans laquelle elle se retrouve étrangère. Que dire encore ? Un hommage à Najia Abeer et à tous les braves femmes et hommes de Cirta, suffira-t-il pour combattre l'ignorance, l'ingratitude mais surtout les failles d'une mémoire collective ternie par les vicissitudes du temps ? Pourquoi pas un prix littéraire Najia Abeer ? Un vrai hommage qu'elle mériterait bien.

S. Arslan


A l'occasion du premier anniversaire de sa disparition un article paru dans la revue "Passerelle" (N° 12, octobre 2006) pour laquelle écrivait Najia.
Article en pdf (818Ko)


Algérie News du 24 avril 2008


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