Constantine
de Gisèle Clauzel

Majestueuse, sur ton rocher,
Constantine, ville où je suis née,
Tu as bercé toute mon enfance,
Avant mon départ pour la France.
Dans mon cur, tu restes à jamais,
Un rêve d'Amour inachevé.

Depuis, j'ai vu bien des pays,
D'Europe et des Etats unis,
Le Canada et même l'Asie.
Mes yeux furent souvent éblouis,
Et tous mes sens furent ravis.
Pourtant, chaque fois je recherchais,
Tes parfums, tes sites, ta beauté.
Mais comme un tout premier Amour,
Enfoui dans mon cur blessé,
Tu resteras et pour toujours,
Je ne saurai te remplacer.

Je revois tes beaux oliviers,
Tes jasmins, tes bougainvilliers,
Tes amandiers, tes orangers,
Tes caoutchoucs et tes palmiers.

J'habitais à El-kantara,
Quartier au pied du Manshoura,
Rue du troisième chasseur d'Afrique,
Pour moi, c'était mon Amérique.

Les quatre saisons, obéissaient,
Aux dates du calendrier.
Les jours qui précédaient Noël,
Voyaient de gros flocons tomber,
C'était un vrai cadeau du ciel,
Qui rendait la ville enchantée.
Maman faisait les oreillettes,
La dinde aux marrons rôtissait,
C'était la coutume de cette fête,
Toute la famille se rassemblait.

Depuis, j'ai voulu perpétrer,
Ces rites si chers à mon cur,
Mais la famille s'est éclatée,
La rassembler reste un labeur.
Ni le sapin illuminé,
Ni la crèche de l'enfant sacré,
Ni les cadeaux ni les jouets,
Ne peuvent combler ce cher passé.

Puis venait le temps du carême,
Quarante jours pour dire « Je t'aime »
Au Christ venu se sacrifier,
Pour racheter tous nos pêchés.
La maison était astiquée,
Depuis la cave jusqu'au grenier,
L'agneau pascal était grillé,
Et les mounas confectionnées.
La famille là, au grand complet,
Cette belle fête pouvait commencer.

Qu'il était précoce le printemps,
Souvent aussi chaud qu'un été.
Ces myriades de fleurs à tous vents,
C'est dame nature, qui les semait.
Entre autre, je pense à l'aubépine
Qui reste si chère à mon cur,
Aux boutons d'or, aux capucines,
Aux gouttes de sang, aux pois d'senteur.

Puis le soleil toujours plus chaud,
Parfois tout juste supportable,
Engendrait un été si beau,
Qui devait faire bien des enviables.
Les week-ends, nous les attendions,
Pour aller retrouver la plage,
Je revois ses beaux cabanons,
Son sable chaud, ses coquillages.

Nous emportions des chambres à air,
Ces roues, nous servaient de bouées,
Dans la mer si tiède et si claire,
On s'amusait, on s'éclatait.

Nous espérions tant les orages,
Qui déversaient des trombes d'eau,
Nous oublions, certes, d'être sages,
Nous pataugions dans les flaques d'eau.

Venait le temps des abricots,
Qu'on peignait de toutes les couleurs,
Pour faire des parties de noyaux,
Qui nous mettaient du baume au cur.

C'était le temps des vaches maigres,
De tous petits riens, nous comblaient,
Même le vinaigre ne semblait pas aigre,
Les moindres choses, on appréciait.
Aujourd'hui toutes les chambres d'enfants,
Sont des magasins de jouets,
Sont-ils plus heureux pour autant ?
Ils semblent toujours insatisfaits.

L'automne pointait déjà son nez,
La rentrée des classes s'annonçait.
Les feuilles des arbres, avant de tomber,
De jolies couleurs se paraient.

Qu'elle était belle mon Algérie,
Les mots me manquent pour exprimer,
Combien j'ai aimé ce pays,
Qui ne me laisse que des regrets.

Pouvoir un jour y retourner,
Est-ce un rêve irréalisable ?
Revenir aux sources du passé,
Serait-ce vraiment bien raisonnable ?

Alors comme de nombreux pieds-noirs,
Je conserve dans un coin secret,
De mon cur et de ma mémoire,
Cette symphonie inachevée.

GISOU

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